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La Clarée & Névache

Randonner autrement : Rando Var

Revue de presse

N° 113

La terre et l'eau ....

Construction de fascines pour lutter contre les crues

 

Ce qui importait autrefois, c'était la terre, la terre et l'eau. Des biens vitaux et alors abondants, mais une terre sacrifiée.

La torrentialité en climat méditerranéen, accentuée par le déboisement accru au XVII et XVIII siècle et par le surpâturage, entraine une forte érosion des sols et des crues dévastatrices.

Le Code des Royales Constitution n’est pas respecté : "il ne sera pas permis à qui que ce soit, de déraciner ou brûler les troncs des arbres...".
Ainsi "il dégorge de grands vallons et torrents impétueux lors des ravages des pluies, jusqu'au hameau d'Aigues Chaudes; à l'adret il dégorge d'un grand torrent appelé Baissin et un autre le Riou. Pendant l'été, les pluies et les débords de la rivière empêchent des fois six mois entiers pour trafiquer le bétail. Les ravages des eaux ont fait fuir 10 familles" Lettre des habitants de Prads (Haute Bléone) au Parlement de Provence en 1698.

" On ne peut donner aux bois de Provence le nom de forêts, mais seulement de bouquets, toutes ayant été détruites par les défrichements" Contrôleur de l'intendance de Toulon en 1720

Le pic démographique du XVIIIème siècle aggrave la situation.

 

Le défrichement d'espaces jusqu'alors laissés à l'écart car trop loin des hameaux, trop hauts, trop pentus, est entrepris.
Mais quand l'exode rural débute, vers 1820, les terres les plus éloignées, les plus difficiles à travailler sont les 1ères à être abandonnées. Les orages, l'érosion réduisent à néant les aménagements : le surpâturage a préparé ce délitement des sols en ôtant les derniers végétaux stabilisateurs des versants. Les nombreux glissements de terrains vont jusqu'à stériliser des versants entiers, entrainer des inondations, emporter les troupeaux, détruire des villages, obliger même leurs occupants à s'expatrier.

Le Val d'Entraunes dès 1820 ne comptait plus un seul arbre dans la vallée...
En 1895 les habitants de Chaudun vendent et s'expatrient en Algérie et en Amérique.....
La Haute Provence se dépeuple. Elle perd ainsi en un siècle un tiers de sa population.

"On dirait un pays brulé, usé, rongé jusqu’à l’os par une civilisation détruite. Point d’arbres, sauf des muriers espacés, des oliviers souffreteux, parmi des myriades de cailloux et de rocs nus, desséchés, blanchâtres ; (...) à l’horizon, des hauteurs dégarnies allongeant les unes au dessus des autres leurs squelettes de pierres ; l’homme a tout mangé, il ne reste rien de vivant ; de misérables herbes épineuses, de petites broussailles vivaces se blottissent dans les creux, sur les escarpements. La terre elle même manque, elle a été grattée, ratissée ; les forêts une fois détruites, les rivières sont devenues torrents et l’ont raclée, emportant avec elles tout ce qui alimente la vie. Il ne reste plus que la charpente primitive du sol et le terrible soleil"
H TAINE Carnets de Voyage (1863 - 1866)

 

La restanque accroit les surfaces cultivables, retient la terre, favorise l'enfouissement des eaux de ruissellement et donc l'irrigation des plants

 

Chaudun aujourd'hui : des ruines disparaissant sous la végétation

 

Pour pallier ces drames, Napoléon III instaure des campagnes de reboisement avec mobilisation des paysans. Toute une politique de reboisement des montagnes, préconisée dès 1842 par Alexandre Surel, est entreprise. La loi de 1882 instaure la "Restauration et la Conservation des terrains en Montagne : la RTM, ancètre de l'ONF, est née.

Prosper Demontzey en sera l'artisan pour la Provence. Correction de torrents, techniques de reboisement, choix des plants sont à l'origine de l'image que la Provence offre aujourd'hui. Plusieurs arboretum sont créés afin de sélectionner et croître les plants. Ils s'étirent de la Haute Provence jusqu'aux chaînons littoraux. L'Esterel, les Maures, le Grand Caunet, les Calanques...cachent encore quelques unes de ces pépinières.
A Chaudun Demontzey fait planter pin noir, pin sylvestre en association avec hêtre et noisetier, argousier, bauche, laserpitium, bugrane...

Fascines, retenues, barrages, digues, restanques....la terre précieuse que chaque orage entrainait vers le bas est peu à peu fixée : les restanques en découpant les pentes en parcelles horizontales ralentissent ruisselement des eaux de surface, améliorèrent la pénétration des eaux dans les sols, favorisent l'irrigation des cultures et arrêtent les glissements de terrains, .

L'agriculteur n'a plus "à aller chercher la terre arable que l’eau avait emportée et la remonter à l’aide de la "besse", vaste panier fait d’éclisses de châtaignier ou tressé d’osier, porté sur le cou en y intercalant un coussin, le "coulassou"..."

C'est ainsi que le Var devient le 2ème département forestier de France, après les Landes.

 

Au XVIIIème siècle, la quête et la maitrise de l'eau sont aussi capitales . Pour la paysannerie d'abord mais aussi pour l'industrie naissante. Le canal de Marseille, par exemple qui alimente en eau, via les barrages de la Ste Victoire, l'ouest du Var. Puits, mines d'eau, canaux, fontaines, lavoirs se multiplient. Voir lettre 82.

Les moulins également. Est alors appelé moulin tout ouvrage mu par la force hydraulique. Leurs fonctions ne se résument donc pas qu'à moudre les grains. Ils se trouvent parfois très éloignés des villages. Le moulin de Cuges les Pins, par exemple, est construit dans la vallée de St Pons.

Mais parallèlement l'évolution des techniques, des produits, condamnent à l'oubli beaucoup de points d'eau, parfois développés avec perspicacité et grande intelligence comme les mines d'eau.

La qualité des eaux était alors, dans les campagnes, meilleure qu'aujourd'hui, comme le montrent, hélas, les résultats des analyses de l'agence de l'eau Rhône Méditerranée, Corse. Des eaux qui ne comptaient ni phosphate, ni métaux lourds, ni molécules chimiques, comme l'IFREMER le mesure aujourd'hui dans les étangs côtiers du Languedoc (Le Monde du 24/03/2014).

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Bonnes randos à tous !

 

La mine d'eau procure une eau toujours renouvelée, longuement filtrée

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