Lettre d'information/RANDO VAR Lettre d'information - Lettre d'info Rando Var

Le Haut Verdon

La Montagne du Carton

Revue de presse

N° 114

La Montagne du Carton, un 31 mai...

Peyresc au soleil levant

 

Jeudi 29 mai, 16h, Castellane. Ciel noir, pluie.

En short et tee shirt, nous venons de quitter le Var, 24°. Arrivés à Peyresc : 8°

Vendredi 30 mai 8h. Grand soleil, luminosité exceptionnelle. Nous quittons Peyresc collé à sa falaise de conglomérat et marne grise, en direction du Plan de Rieu. Nous remontons vers le nord-est à travers le plateau de calcaire du Courradour. La pinède de pin sylvestre ruisselle, elle étouffe tous les bruits. A hauteur des Cougnetons le sentier est provisoirement délaissé : nous allons jeter un coup d'oeil au soubassement de marnes grises. Orienté au soleil levant il recèle plusieurs grottes en pied de falaise.

Les chamois sont là. Ils y sont venus la veille pour s'abriter de la pluie glacée. Ils sont allongés au soleil, quasi invisibles. Mais ils nous ont vus. Commencent alors phase d'observation, rassemblement des éterlous et puis descente dans le ravin de la Combe en grands sauts élastiques. Ils ne sont pas quatre, mais une belle quarantaine, regroupés là. Photos.

 

Nous reprenons le sentier. Plus haut nous gagnons de nouveau le bord de la falaise. Les marnes semblent désertes. Mais tout à coup un bond, un mouvement, et nous en voyons d'autres comme des diables sortis d'on ne sait-où, couleur grise sur marne grise que seul museau et croupe tachent de blanc. Calvacade débonnaire, avec arrêt, observation et poursuite de la migration. Ce n'est pas une fuite, mais une application du principe de précaution qu'ils semblent aussi connaître... Ils sautent le ravin du Gros Vallon puis disparaissent en direction du Ravin de Jargeley.

Nous reprenons la marche. La fôret s'est éclaircie, l'herbe et les touffes de génièvre ont pris le relais. Voilà les prés d'altitude qu'affectionnent les tétras. Laissant le sommet du Courradour à main gauche nous descendons la falaise pour rejoindre tout un plan incliné de marnes claires où quelques blocs de calcaire instables ont commencé leur lent glissement vers le ravin. Les marmottes nous sifflent.

Les Coyers sont couverts de neige fraiche, et les névés nombreux. Voilà le Plan de Rieu, cette gigantesque selle boursoufflée entre Verdon et Vaïre. Cabane Vieille, cabane d'estive, y trône, rajeunie. Le toit a été refait : une couverture métallique a remplacé l'ancienne couverture en bois. Une terrasse lui a été adjointe. Mais elle n'est plus l'abri accueillant qui attendait le randonneur. La porte est bouclée. Seul l'appentis est accessible : bas flanc de ciment, petit banc instable, pas de poële... chiche confort.

 

Chamois aux Cougnetons

 

Cabane Vieille réaménagée

 

Sous un ciel qui se charge de lourds nuages, nous poursuivons vers les cabanes du Pasquier. Entre les névés, le torrent cascade dans le ravin du Serre. Voilà la forêt de pin noir en adret. De nombreux pins sont au sol, couchés par le poids de la neige. Puis, sur le versant ouest, voilà le mélezin aux troncs en virgule, puis, voilà les cabanes du Pasquier (2112m). Elles sont ouvertes. Il n'est pas encore midi, le ciel est noir, nous nous attablons.

13h. Nous partons en reconnaissance pour le lendemain. Très vite, des névés glacés barrent le sentier. Nous coupons tout droit, à travers les mélèzes. Nous voilà à hauteur de la barre calcaire, sur le replat, quand raisonnent les premiers roulements de tonnerre. L'orage à peine aperçu sur le Cheval Blanc est déja sur le Verdon. Descente en urgence. Eclairs et tonnerres à l'unisson.

Dans l'appentis il y a du bois à couper. La scie est accrochée. Un peu de bois sec ramassé au fond de l'abri et le poële est allumé. Il chauffera toute l'après midi. Dehors, il neige... .

 

Samedi 31 mai, 6h du matin. Tout est blanc au dessus des cabanes, mais le ciel est bleu. Les étoiles ont brillé toute la nuit.
En allant faire de l'eau une biche se laisse surprendre près du ruisseau. Brames dans le sous bois.

6h30, départ. Montée directe à travers les mélèzes en direction de la barre de calcaire. Le sol est gelé, et un vent glacial descend de la Baisse du Détroit. Après le replat le sentier traverse des marnes grises friables, grandement inclinées. Des névés verglacés le coupent. Ils rendent le passage dangereux.
Nous revenons sur nos pas pour prendre l'arrête orientée vers le nord-est. Elle se prolonge par la Montagne du Carton. Un affleurement calcaire chapeaute les marnes. Dans la pente quelques blocs sont en équilibre instable. Le sol est gelé. Nous montons précautionneusement. L'affleurement atteint, la pente s'adoucit, et la neige nouvelle nous accueille. Nous poursuivons en direction du Carton. Les névés couverts de neige fraiche se laissent traverser aisément, nous progressons rapidement.
Nous voilà au dessus de la Baisse du Détroit, voilà la face nord du Grand Coyer qui se révèle, les lacs de Lignins à demi gelés, la Fréma, le Petit Coyer, le Mont Pelat, le Chapeau de Gendarme, la Tête de l'Estrop, le Mourre de Chanier, le Chairan, la Ste Baume, le Blayeul, le Lachens, le Mont St Honorat, le Mercantour... Bref, il est 8h et une visibilité exceptionnelle se découvre au soleil levant, un enchantement dans un ciel bleu !

 

Sommet du Grand Coyer vu de l'arrête du Carton

Façade nord du Grand Coyer vu de la Montagne du Carton

 

La petite cabane de Cabane Vieille semble minuscule, perdue au milieu du Plan de Rieu. Au dessus des mélèzes aux pousses nouvelles, la barre du Courradour fend le paysage d'un lumineux sourire.

Mais la météo n'étant toujours pas favorable, le retour est vite décidé. Et nous voilà au dessus des chamois qui sortent de la forêt, le vent nous est favorable, et le soleil dans notre dos les éblouit. Photos. L'un surgit à quelques mètres, surpris. A 9h30 nous sommes à Pasquier. A 10h30 nous traversons le Plan de Rieu en direction de la baisse du Courradour (cote 2108) et nous traversons le plateau en direction de la cote 1757 où une cabane et un réservoir collinaire marquent la passe. Nous laissons à notre gauche les ruines de la cabane de la Cassile.

11h30, casse croute à la cabane. Le ciel s'obscurcit. Pour rejoindre Peyresc nous prenons le sentier de Pays "Tour du Haut Verdon". De la cabane il rejoint le ravin du Confi. Midi passé, voilà Peyresc, et, bientôt, voici l'orage....

La Montagne du Carton (2614 m) et le Rocher du Carton (2598 m) encadrent à l’est et à l’ouest le Grand Coyer. Mais quelle est l’origine de cette appellation paradoxale ?

"Quelque fois les filaments de l’asbeste sont feutrés naturellement et donnent par leur réunion naissance à des minéraux mous, qui cédant à la pression du doigt offrent une certaine élasticité. Cette disposition leur a fait donner les noms de liège fossile, cuir et carton de montagne..."
Traité de minéralogie Armand Dufrénoy (p 394) - 1856

Le mot “asbeste” (incombustible) est utilisé pour indiquer un groupe de silicate à habitus fibreux, appartenant aux familles des serpentines et des amphiboles, une roche mieux connue sous le nom d’amiante.

Bonnes randos à tous !

 

Cabanes de Pasquier vues depuis la barre de calcaire

 

Lettre d'information/RANDO VAR Lettre d'information - Lettre d'info Rando Var

Le col de l'Encombrette

Ne plus recevoir la lettre d'information

Retrouvez les lettres d'info de Rando Var