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St Blaise, citadelle gauloise

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N° 123

Saint Blaise, la ville gauloise

Un empilement d'édifices religieux

 

Nous sommes retournés à Saint Blaise où les archéologues travaillent toujours. Les recherches avancent. De nouveaux murs ont été mis à jour et certains datés, de nouveaux aménagements ont été construits.

Et la même magie plane toujours sur les lieux...

Saint Blaise, réputée, dès la fin du XVIIIe siècle, être l'une des plus anciennes cités de Provence, est située entre l'étang de Berre et le Rhône, à proximité de St Mitre les Remparts, sur un plateau calcaire d'une quarantaine de mètres de haut, au milieu des étangs.

Ce fut d'abord un oppidum gaulois, la capitale des Avatiques dont le territoire s'étirait du Rhône à Marseille. Près des étangs qui produisaient le sel, livraient poissons et coquillages, au carrefour des voies maritimes et des vallées du Rhône et de la Durance, sur la route de l'étain, du plomb et de l'ambre, la cité, bien protégée derrière une première muraille, ne pouvait que devenir une riche citadelle.

L'arrivée des grecs à Marseille la stimule, un nouveau mur d'enceinte, de type grec dans sa facture, est érigé sur plus de 400 m de long, avec trois tours, trois saillants qui encadrent onze murs de courtine, larges de 2 à 3m. Il est percé d'une porte charretière principale, dans la ville basse et deux poternes dans la ville haute. Cette muraille affiche le pouvoir et la richesse de la citadelle celtique, et cela dans une période de rivalités et conflits avec la colonie grecque de Marseille.

 

La citadelle gauloise sera cependant vaincue et détruite par les troupes romaines appelées en renfort par Marseille... ainsi que tous les sites gaulois de la région, du Rhône à la Ste Victoire. Mais plus que la victoire militaire, c'est le mode de vie romain, adopté par les gaulois, (aqueducs, thermes, tout à l'égout, commerce...) qui effaçe la civilisation gauloise, excepté le tonneau en bois, ignoré des romains, qui supplante alors l'amphore ...

Plus de cinq siècles plus tard, le site, 5 hectares et demi, est réoccupé, renommé et fortifié. "Ugium" devient un des principaux pôles de christianisation de la Provence. Au VIe siècle, une église dite paléo chrétienne est construite. Ses fondations demeurent, imparfaitement recouvertes par deux autres églises dont la chapelle St Blaise, construite au XIIe siècle. Et une quatrième église fut construite dans l'enceinte gauloise, contre le mur d'enceinte.

Autour de la ville gauloise, à l'extérieur des remparts, s'étend le cimetière dont les tombes ont été creusées à même la roche. Une pierre plate refermait le cercueil. Leurs caractéristiques et les objets trouvés attribuent ces sépultures à la période des wisigoths (V et VIe s ap JC).

Compter une heure pour avoir un aperçu archéologique du site mais, dans la randonnée qui suit, les gaulois seront toujours dans vos pensées, à vos cotés...à travers la pinède d'abord, où le charroi gaulois a creusé de longues ornières dans la roche affleurante, en longeant les carrières à flanc de falaise, à travers les tombes ensuite, qui n'ont rien de tristes et s'égayent de ci de là sous les pins, sous un ciel bleu semblable à l'étang de Citis entre-aperçu.

 

Derrière l'abside, l'étang de Citis, un ancien salin

 

Le mur grec, à l'appareillage soigné.

 

Dans le secteur des étangs de Saint Blaise, on compte de nombreux lieux de sépultures datés entre la fin de l'Antiquité et le Moyen Age (IVe - XIIe siècle). La plupart sont des tombes rupestres, creusées dans le rocher, isolées ou en petits groupes. Un type de tombes très répandu en Provence, et particulièrement fréquent à l'ouest de l'Etang de Berre.

Dans la forêt de Castillon, on en compte plus de 300 dispersées autour du site de Saint Blaise.
Datées des Ve et VIe siècles, ces sépultures présentent une orientation variable, plus dictée par la topographie que par des principes religieux. Elles ont une forme rectangulaire ou trapézoïdale, avec souvent des aménagements particuliers pour la tête et des rigoles périphériques pour le calage d'un couvercle de pierre. Presque toujours celui ci a disparu.

Ces sépultures sont celles d'une population modeste. Déposé nu ou dans un linceul, le défunt était allongé sur le dos, les bras le long du corps ou croisés sur la poitrine. Contrairement aux pratiques gallo romaines, aucune offrande n'accompagne le mort, suivant le rite chrétien.
Les fouilles ont montré que beaucoup de ces tombes pouvaient aussi contenir plusieurs individus. Nombre de ces cavités sont de petite taille et signalent des tombes d'enfants. Elles rappellent la forte mortalité infantile (3 enfants sur quatre ne survivaient pas à 4 ans).
La localisation de cette nécropole de l'Antiquité tardive, à l'extérieur des remparts de la ville, marque ici la persistance de l'interdit romain d'inhumer les morts au sein même des agglomérations.

 

Le plateau de Castillon a de tous temps offert aux hommes les conditions de sécurité et de subsistance pour l'établissement d'habitats durables. Saint Blaise y occupe une position privilégiée, au centre d'un réseau de routes qui lui permet de contrôler une vaste région. S'il est difficile de préciser l'ancienneté de ces voies et chemins, leurs aménagements et particularités permettent souvent d'en comprendre la fonction et l'usage : "carreires" des troupeaux, dessertes des champs, calades et voies à ornières.

De nombreuses voies charretières creusées d'ornières parcourent le plateau en tous sens, mais surtout selon un axe Nord Sud, de l'oppidum de Saint Blaise jusqu'au golfe de Fos. Si elles permettent la circulation des hommes et des marchandises, elles doivent surtout être associées à une activité primordiale qui, de l'Antiquité au XIXe siècle, assure le développement économique d'un territoire pauvre en pierres de taille : l'exploitation des carrières de pierre.

Plusieurs voies et chemins menant au site de Saint Blaise ou aux points d'eau (puits, sources ou mine d'eau) qui l'entourent montrent des dallages de pierre. Ces calades très soignées sont parfois complétées de "taillades" creusées en escalier dans le rocher comme sur le chemin de la Tourtoulane, source captée du côté de l'étang de Citis, au pied du site.

Depuis l'Antiquité, carriers et tailleurs de pierre ont laissé de nombreux témoignages de leur activité au sein de la forêt de Castillon. Zones d'extraction, tombes rupestres, constructions de toutes sortes ou simples rochers, livrent des inscriptions signalant leur présence : des dates, des marques, des gravures. Les plus énigmatiques ont été découverts sur plusieurs rochers en bordure de falaise, au Plan d'Aren, au dessus du centre hippique.

 

Les tombes éparpillées sous les pins

Le long du canal de Rassuen.

 

Le jeu de la triple enceinte, par exemple. Cette gravure géométrique représente un jeu que l'on appelle le jeu de la triple enceinte, du moulin ou de mérelles. Attesté sur de nombreux sites antiques, il est très en vogue au Moyen Age et se joue encore aujourd'hui. La règle est simple : deux joueurs disposent de trois à neuf jetons qu'ils mettent à tour de rôle au croisement des lignes et qu'ils peuvent déplacer. Le premier qui forme une ligne droite (ou moulin) a gagné.

Plusieurs figures anthropomorphes ont été gravées sur les dalles rocheuses. On reconnait facilement des jambes et des pieds, des têtes. Le corps des personnages est parfois un losange avec une marque au centre. Nombril, sexe ? Ces gravures se trouvent près des carrières. Probablement un passe temps pour les tailleurs de pierre désoeuvrés.... et un objet de débats pour le randonneur curieux !

Saint Blaise un jour fut déserté, détruite par les troupes de Raymond de Turenne. Ses habitants allèrent s'abriter derrière les nouveaux remparts édifiés à Saint Mitre les Remparts. Et le plateau abandonné fut consacré à l'élevage et à l'agriculture.. d'où ces quelques fermes en ruines parmi les tombes, et un site majestueusement préservé.

Un parcours fléché sillonne le plateau, et des sentiers multiples se croisent sous l'ombre des arbres. Rejoindre le centre hippique, sur les berges de l'étang de Lavalduc et longer le canal de Rassuen qui ramène vers le parking. Le long de ce canal une mine d'eau, creusée sans doute au XIXe siècle, fournissait à la ferme en ruine, en bordure de l'étang, une eau pure, fraîche et en permanence renouvelée. Elle coule toujours...

Le site est ouvert du mardi au dimanche inclus. Entrée libre et gratuite.
Visite guidée, gratuite et sans réservation tous les dimanches à 14h30 (sauf en juillet et août).

Bonnes randos !

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