Lettre d'information/RANDO VAR Lettre d'information Lettre d'information

Randonner au Buëch

Calanques...

2011 : année Chauves souris

 

N° 55

 

Imaginez une petite dalle calcaire, toute lisse, toute blanche, sans aucune de ces aspérités que creusent les coquillages lithophages; une petite dalle cachée à l'extrémité d'un plateau mollement incliné vers le sud, fracturé.

Imaginez là, entre deux pins, avec en contrebas la mer, deux petits murets de guingois, circulaires, entourant la dalle, la protégeant d'éventuelles brises, la refermant sur elle même.

Face à la mer, vous êtes là sur le plus beau belvédère qui soit. A main droite, fendant les flots, la proue du Cap Morgiou, une gigantesque clef à molette, ouverte sur la calanque de la Triperie, et qui cacherait dans sa poignée la grotte Cosquer. Ses falaises de calcaire blanc tombent verticales dans des eaux noires, couleur encre de seiches, où une écume toujours repoussée rejaillit du ressac.

 

Cap Morgiou
Un entrelacs de sentiers

En arrière fonds, au delà de la crête du promontoire, les iles de Riou, les deux îlots des Congloué et celui de l' Empereur s'élèvent, bleutés, dans la brume du soir.

A vos pieds, 50 mètres plus bas, la deuxième partie de ce plateau fracturé se cache au regard. Il faut s' approcher de l'abime pour découvrir sa véritable nature : un entrelacs de sentiers et de chemins muletiers qui signe l'activité pastorale qui jadis prévalait en ces lieux, avant que l'usage de l'automobile ne fasse oublier les plaisirs de la marche....

Et plus bas encore, au ras des flots, sous la falaise des Toits, sous les Roches Tombées, les rivages qu'occupent les baigneurs l'été et les naturistes à l'année : un tumulte de rochers éclatants de blancheurs entre l'ocre des falaises, le bleu souverain, et le vert tendre des pins.

Ces lieux à l'abri du vent, exposés au soleil, nous les appelons cagnards dans le midi. Et par extension nous appelons ainsi tout abri, toute resserre; et nous disons que le soleil cagnarde quand il tape fort.

Ce belvédère, à quelques pas du socle de la Candelle, c'était notre bivouac, notre bout du monde.

Le soir, la dernière stridulation de cigale évanouie, nul bruit ne venait troubler le battement de la nuit. La lune traversait l'espace en une lente giration muette, éclairant et masquant successivement les parois blanchâtres. Seul un ressac sourd, provoqué par la houle battant le pied des falaises, résonnait par intermittence, comme un roulement très lointain semblable à une cannonade. Le battement régulier d'une turbine, réfléchi de paroi en paroi, accompagnait parfois le passage d'un cargo au large des îles et de la Cassidaigne.

Allongés sur la dalle, roulés dans nos duvets, ailleurs, nous parlions de nos projets du lendemain ou des frayeurs de la veille.

La pierre était lisse et chaude. Les sacs étaient nos oreillers. Le romarin, les immortelles, les cistes et les bruyères étaient nos compagnons.

Nous parlions doucement. Nous parlions peu, et puis nous ne parlions plus. Comment, au pied de la Candelle, dans ce cirque magnifique ouvert aux vents du sud, et dominant la mer, où jadis des hommes au fond d'obscures cavernes, avaient peint chevaux, bisons, cerfs, bouquetins, pingouins à la lumière tremblante d'éphémères torches, comment pouvions nous alors ne pas nous sentir ténus, comme un grimpeur en quête d'absolu, collé à la paroi, ténu.

Bivouac interdit

 

    "Hier, la nuit d'été, qui nous prêtait ses voiles,
    Etait digne de toi, tant elle avait d'étoiles !
    Tant son calme était frais ! tant son souffle était doux !"     V Hugo

Ce fut le premier bivouac interdit. Celui qui aujourd'hui encore tout simplement m'émeut.
Et vous avouerais je, quand parfois je déroule un duvet sous un ciel constellé, qu' il m'arrive de songer à cette nuit d'été...

Bonnes randos

 

PS. Les contours du Parc National des Calanques se précisent....

 

Lettre d'information/RANDO VAR Lettre d'information Lettre d'information

Revue de presse

Ne plus recevoir la lettre d'information ?