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Randonner dans le Var

Revue de presse

Sous le Cap Canaille

 

N° 64

 

Cap Canaille

"Cézanne aimait la couleur, Cézanne aimait peindre. Il aimait l'Estaque et y poser son chevalet. Là, la mer, les îles, Marseille prenaient forme sur la toile... Des tableaux que structurait l'acuité solaire.

Il est pourtant un bien meilleur endroit pour saisir toutes les nuances de bleus et de verts, tous les camaïeux mouvants des fonds marins.
Un endroit où l'ombre et la lumière s'épousent et s'épaulent, où le soleil surgit dans votre dos, caresse votre nuque et propulse le regard sous les eaux, en une plongée au milieu des algues, spongiaires, échinodermes, sables et bancs de poissons. A ces profondeurs liquides d'étranges couleurs, des mondes bizarres diffractent les palettes de verts. De brunâtres à olive, ils explosent dans les rais du soleil.

 



Cap Canaille

Camaïeux
Cette plongée portée par le flux solaire, ce travelling, arrache dans son mouvement tous les verts aériens lotis sur ce trait de côte : le vert vernissé de la myrte, de la salsepareille, du chêne kermès, de la viorne, le vert duveteux du ciste, du chêne pubescent, de l'immortelle, le vert acide de l'aiguille de genêt, de romarin, d'asperge, de la tige d'aphyllanthe .... tous télescopés en une fabuleuse palette.

Le plus bel endroit pour saisir la couleur est là, au pied du cap Canaille, dos au soleil, quand l’astre déborde la falaise et ouvre la féerie.

La côte, protégée du soleil par la falaise qui l'écrase, repose là sur un affleurement de marnes. Elles canalisent plusieurs sources, qui apportent sur ces quelques hectares et en toutes saisons une luxuriance que le midi trop souvent ignore, réduit au faible croît de plantes xérophiles. Ces sources de faible débit parfois, toujours cachées dans la végétation, sont aménagées près des plages naturistes : un roseau taillé les signale et facilite la prise d'eau.

 

Le pied du Cap Canaille est une randonnée facile, accessible sans effort. Là, point de crêtes à franchir, point de dénivellés à additionner, de bascules d'un versant à l'autre, de passage de l'ombre à la lumière, de l'ubac rafraichisssant à l'adret ensoleillé ou à la plaine sèche et brulante....En toutes saisons l'ombre accueillante de la falaise vous invite à l'attente de l'ouverture solaire.

L'après midi le soleil enflamme côte et talus. Les strates de blancs et d'ocres de la falaise, le gris des marnes, tissent avec les branches croulant sous les myrtes, les baies de filaires et de lentisques, les pendeloques luisantes de salsepareille, le tableau que Cézanne n'a pu peindre.
Le Cap Canaille était trop loin pour une calèche. Imaginez Cézanne sur l'ancienne route de la Gineste, la descente caillouteuse vers Cassis, puis la montée au Jas de la Penna. Là, il aurait encore fallu prendre sur l'épaule le chevalet, sous le bras, la toile, dans le dos tubes de couleurs et pinceaux pour rejoindre l'affleurement des sources....

Ce spectacle là nous est réservé.

Le panorama qu'offre l'ancien blockhauss au Jas de la Penna, dans la senteur des genêts, sous les effluves de la brise de mer remontant les marnes crayeuses, parmi les tags d'une construction interdite, est un des rares panoramas vivants que la Méditerranée sait offrir au randonneur curieux. Il convient, en conséquence, de respecter le calme des lieux et la tranquilité de ses rares résidents...


Pendeloque de salsepareille


Plage naturiste

 

Assis parmi les myrtes, au dessus des rochers dévolus aux naturistes, vous pouvez à loisir observer la ronde des nudistes, et leur course immobile, semblable aux rondes de Breughel, ou leur gestuelle de lézards gorgés de soleil.
Vous pouvez contempler, foc ferlé, grand voile déventée, un voilier courir sur son erre, puis mouiller face au vent : éclaboussures de l'ancre, fouille des fonds, volutes de sables...
Vous pouvez suivre l'ombre des coques au mouillage, toutes alignées face à la brise de mer, dessiner sur le fond de sables des taches grises, mouvantes avec le vent.
Ou suivre, au delà de Cassis, le trait de côte, entre Pointe Cacau et Pointe de Castel Vieil, souligner l'indentation profonde des calanques.

Flaubert écrivait : "Il faisait du vent, un vent tiède qui venait de courir sur les ondes, il arrivait de là-bas, d'au-delà de cet horizon, nous apportant vaguement, avec l'odeur de la mer, comme un souvenir de choses que je n'avais pas vues" ...

Pas vues.... ? Est il possible d'imaginer Flaubert, auteur de la sulfureuse Emma Bovary, aveugle ? ?

Fin de tableau.....
Bonnes randos !

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De l'Estaque à la Vesse, par le fort de Figuerolles

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