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Cap Canaille

Littoral varois

Revue de presse

N° 84

 

Le vent était tombé dans la nuit...

Et une chaleur plus pesante semblait sourdre des falaises, de la terre, de la roche.

Tout était devenu inerte, matière. L'ondulation marine même semblait être en retard sur le temps, figée en un immense ralenti...

Un mauvais caillou me valait ce réveil. Nul bruit. Nul mouvement. Une immobilité totale, déroutante. La lune brillait sur les flots, découpant les pins en silhouettes noires. Au loin les feux du rivage scintillaient ainsi que le phare de Cassidaigne. Pas de fanal de chalutiers, pas de feux de paquebots, conteneurs ou cargos. Un horizon dénudé, lisse comme un rasoir, sans la hachure d'un nuage.

Nous étions seuls sur les falaises. Dans le silence. Et cet absolu silence, merveilleusement étrange, nous réveilla tous, un à un, dans une même gesticulation réflexe : tendre l'oreille, regarder, puis tendre la joue à la recherche de l'habituelle caresse nocturne de la brise.

Un café avalé, dans un accord quasi muet, nous levons le camp et nous voilà funambules sous la lune, pour une déambulation hypnotique sur les falaises, avec pour seul fond sonore l'entrechoquement de la pierraille que nos semelles bousculent.

L'été, la canicule et la sur-fréquentation des plus beaux sites n'incitent guère à randonner. Escarpements à gravir, éboulis à descendre, poussière, soleil, fatigue, tout concourt à préférer l'ombre du tilleul, ou la fraîcheur de l'eau à la marche sous le soleil. Et pourtant...

Et pourtant il ne suffit que de changer de cadre de référence.
L'été, nous randonnons de nuit, nous partons à l'heure où les boîtes de nuit ouvrent, où la faune, et notamment les sangliers, empruntent les sentiers qui, de jour, en d'autres saisons, nous sont dévolus. L'été nous suivons la lune, et, quand elle est pleine, nos nuits deviennent blanches. L'espace épouse là de nouvelles dimensions, les sons, les senteurs ne sont plus celles du jour incandescent, ils ont la douceur de la nuit, son moelleux, son amorti.

L'été, temps des vacances, temps de la disponibilité retrouvée, défaites vous de vos habitudes, oubliez la tyrannie des heures qui corsètent pensées et comportements. Partez à l'heure où la lune éclaire la mer et danse sur les vagues, où une lumière blanche réveille pistes et sentiers, à l'heure où la mer miroite comme des phyllades de soie, et où l'ombre noire des îles semble glisser sur les flots...

Prenez un maillot si la pudeur vous tient encore, mais surtout une serviette et le litre d'eau douce qui vous dessalera au sortir du bain.
Sous la lune la plage est blanche, les brises de terre faibles, voire inexistantes sous le talus côtier.
C'est l'heure où les senteurs portent au large...

" Le vent portait des hautes terres, avec ce goût d'arec et d'âtres morts qui très longtemps voyage,
Les dames illustres, sur les caps, ouvraient aux feux du soir une narine percée d'or(...)
C'est la christe-marine qui sur vos grèves murissait
Ce goût de chair encore entre toutes chairs heureuses,
Et la terre écriée sur ses rives poreuses, parmi la ronce avide et les roses vives
De l'écume, nous fut chose légère et chose plus dispendieuse

Que lingerie de femme dans les songes, que lingerie de l'âme dans les songes"
Saint John PERSE Amers 1957

Attendez le lever du soleil, le rosissement de l'horizon, la fraîcheur subite du petit matin, allongés dans les brachipodes desséchés ou sur un rocher, proue en route vers les étoiles. Vous aurez emporté une serviette sur laquelle vous étendre, un whisky bien tourbé et quelques verres.... Ah l'attente de l'aube dans le parfum des immortelles et du thym piétinés. Ah la goutte d’alcool dégustée à l’aube du jour naissant...

Mais savez vous d'où vient ce brusque pic de fraîcheur juste avant l'aube ?
Le soleil, invisible sous l'horizon, chauffe déjà au dessus de nos têtes, les couches supérieures de l'atmosphère. Chauffées, plus légères, elles s'élèvent diminuant d'autant la pression des couches sous-jacentes, encore dans la pénombre. Cette détente de l'air est l'origine première du pic de fraîcheur au petit matin.
Et avec lui vient la rosée...
Et le moment de rentrer.

Marcher la nuit, partir au lever de la lune, rentrer avec le lever du soleil, se baigner sous les étoiles, respirer le ciste ruisselant de rosée, cela n'est accordé que l’été.

Les nuits sont belles en Provence ...Alors, Bonnes randos !

 

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