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De Port-Cros au Cognet

Oiseaux marins

Revue de presse

N° 85

Ils sont partis les hommes brusques et nus, parlant sans geste...

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Méditerranée caléidoscope

 

"Ils sont partis les gens du Nord, les hommes brusques et nus, parlant sans geste;

les lords qui rasent la mer sur des planches et qui ne veulent pas d'ail dans la bouillabaisse; les Parisiens qui se jettent à l'eau sans y être forcés, et qui sont toujours pressés; les touristes novices qui espèrent apercevoir la Corse du haut du Mont Boron; les "étrangers" ou "vacanciers" qui prennent le poivron pour un cryptogame...".
Ainsi écrivait Paul Morand - "Méditerranée, mer des surprises" Editions du Rocher

Ils sont partis, emportant leur jet ski, au moment où ça devient le plus beau : septembre, c'est calme plat, plus de brise de mer, plus de brise de terre, plus de vents adiabatiques. Sur les flots se dessinent seules les arabesques des courants marins, des courants de salinité. Et la brume de chaleur ne masque plus l' horizon.

Dans les vignes les dernières grappes oubliées sont la proie des oiseaux. Sur les branches, la figue qu'un coup de bec pressé avait éclatée et oubliée, est méticuleusement nettoyée par les fourmis.
Les cigales se sont tues, éphémère été. Trois semaines de stridulation, et un accouplement.
Au pied du pin, déjà, les larves ont débuté leur cycle de vie souterraine. Elles vont se nourrir des sucs de l'arbre, trois à cinq ans durant, avant qu'un même désir irrépressible de mue ne les fasse quitter leurs galeries, découvrir le soleil, gravir le premier tronc et ouvrir à un éphémère soleil ailes et élytres.

Dans les ports agitation et bruit se sont dissipés. Les ports sont redevenus des salons "où les bateaux des riches, désarmés, dorment sous leurs housses et n'empoisonnent plus la haute mer de leurs gaz brulés et de leurs pétarades de mitrailleuses".P Morand Ibidem

Les ports reviennent à leur mission première, tourner le dos à la mer. Ils se barricadent, se ferment écartant vagues, houle, courants, retirant corps morts et pontons de l'été.
"Le rêve des bateaux à l'abri dans ces havres, c'est de n'en jamais sortir; une mousse, un léger duvet d'étang qu'aucune tempête ne secoue plus, a poussé sur leur coque et germé sur leur gouvernail; à partir de la ligne de flottaison, la peinture s'est craquelée sous le soleil; le long des chaînes rouillées, rongées, qui descendent vers les profondeurs d'une darse jamais draguée, les crabes font l'exercice; des nœuds de moules s'agglomèrent sur la quille et prospèrent dans les feuilles vertes des hélices." P Morand Ibidem

 

Cormoran "à l'étendage"

Îles d'Or, baie de l'Alycastre

Dans ces ports, dès septembre, les embarcations amarrées, doublement ligotées, bâchées, cernées de bouées ne sont plus que des symboles, des ornements nautiques; elles disent la mer, elles ne la chantent pas.
Et là, "la plupart des bateaux sont malades et rhumatisants, scléreux, avec du mou dans le muscle du gréement; ils vieillissent sans joie mais sans aventures, les cordages blanchis de sel; un drapeau tricolore déchiré où le bleu est devenu vert pend à leur poupe; ils n'ont plus qu'une nationalité : celle de la crise." P Morand Ibidem.
La crise, déjà....

L'atonie des cieux est t'-elle renoncement aux passions méditerranéennes ? Non, les invasions terminées, les îles d'Hyères redeviennent fréquentables : plus de tarasques, de consuls prévaricateurs, d'empereur en fuite, de généraux vaincus, de moines anachorètes, de troubadours en disgrâce, de conspirateurs italiens, de Sarrasins, de Parisiens enfin, réfugiés en ces îles...
Ces "trois rochers que visitent seuls les pêcheurs ou... les navires chassés par la tempête", comme le rapportait la presse en 1834, retrouvent là leur vocation de lieux randonnées : calanque de la Galère, Vigie, Langoustier, Port-Man, plage de la Courtade, baie de l'Alycastre...

 

 

Sous les pins , au creux des bosquets de mimosas, d'yeuses, d'eucalyptus, de genévriers, les premiers champignons et la perdrix rouge retournent la terre...

Septembre, dans les îles en premier, la forêt méditerranéenne sort de sa léthargie, retrouve frémissements et vie, bruisse à nouveau.
Les murailles lézardées, flanquées de casemates, les vieux forts, le chemins de ronde, les remparts coriaces brûlés de sel et de lumière, ne sont plus des coupe-mistral, mais des miradors ouvrant sur la mer, où, égarés, grisonnants, divaguent les courants de salinité.

Bonne randos !

 

 

Port Cros

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