Lettre d'information/RANDO VAR Lettre d'information - Lettre d'info Rando Var

Calanques

Flore méditerranéenne

Revue de presse

N° 87

Vues des calanques, les îles de Riou ne sont que quelques blocs de calcaire éparpillés sur les flots...

Partager


Du haut de Riou : îles Plane, Jarre et Jarron, Maïre, îles du Frioul et calanques en arrière plan

 

Source : Iles de Marseille

... un damier brisé, un marouflage de rochers, les uns aveuglant de blancheur sous le soleil, les autres rejetés dans l’ombre de parois disloquées.

162 ha de terres salées culminent à près de 200 mètres, totalisent 25 kms de côtes découpées, hachées, des criques et des falaises souvent inaccessibles. Anciens terrains militaires placées en 1992 sous la tutelle du CEEP, ils sont aujourd'hui intégrés au Parc National des Calanques.

A la préhistoire, ces îlots étaient reliés au continent. Une plaine littoral courait au pied des calanques. La grotte Cosquer était l'objet de peintures rupestres. Les falaises permettaient de piéger le gibier, le poisson était abondant, le sel à portée de main.

Durant l’Antiquité, les grecs occupent les îles puis, dès le Ier siècle av. J-C, les massaliotes installent des pêcheries de thons.

Au XIVème siècle une vigie s'installe au sommet de l’île de Riou, pour prévenir Marseille des invasions. L'île tire son nom d'un riou, un ruisseau, un filet d'eau intermittent, jadis capté, qui ruisselait dans le vallon de Fontagne. Un bassin, des tessons d'amphores portent témoignage de ce point d'eau.

En 1720, le Grand Saint Antoine est mis en quarantaine devant l'île de Jarre. Il amene la peste à Marseille et dans toute la Provence (Giono écrira "Le Hussard sur le toit") après que sa marchandise fut nuitamment déchargée... (la foire de Beaucaire avait des impératifs que la vigie sanitaire ne contrôlait pas...). Ce n'est qu'après son déchargement qu'il est brûlé sur place...

Dès 1853, le sable est exploité sur l’île de Riou pour paver les rues de Marseille et construire le premier émissaire . La ville ne veut plus connaître d'épidémie : Les égouts ne se jetteront plus dans le Vieux Port mais dans les calanques (Voir Calanque de Cortiou et la plaie au coeur du PNC). Un tobbogan à sable, visible de la côte, est construit sur la côte nord de Riou.

En 1885, l’Etat cède l’archipel à la Marine Nationale. Entre les deux guerres, plusieurs installations militaires sont construites sur l'île Maïre.

Avec le relèvement du niveau marin, voilà 6 000 ans, ces fragments de terre deviennent des îles, des lieux de vie et de refuge pour un grand nombre d’espèces animales et végétales, souvent insoupçonnées aujourd'hui, mais remarquables.

Les îles de Marseille sont en effet situées dans la région la plus aride de France : très peu de pluie, fort ensoleillement, températures élevées et vents forts. Il pleut moins sur les îles que sur le continent. Elles n'ont plus de point naturel d’eau douce. La rosée nocturne est leur principal apport.
Le vent, enfin, est un puissant facteur : mistral et vent d’Est dessèchent et érodent. Chargés d’embruns, ils façonnent végétaux et écosystèmes.

Ainsi, sous une apparente uniformité, les îles sont d' une grande richesse : 20 espèces protégées et menacées en France ou en PACA y ont trouvé refuge. Certaines d’entre elles, quasi disparues en France, sont fortes de plusieurs centaines d’individus. Elles vivent dans des conditions tellement particulières que ces espèces pour survivre ont dû développer des traits morphologiques, physiologiques et phénologiques spécifiques.

L’insularité a permis à cette richesse botanique exceptionnelle de se maintenir. Cependant, elle reste fragile face au piétinement, à la cueillette, à l’arrachage pour faire un feux, au broutage par les lapins et par les rats, aux embruns pollués qui provoquent des nécroses, à l’envahissement par les plantes introduites ou par les plantes nitrophiles opportunistes liées à la prolifération des Goélands leucophées.

 

Lys des sables

Tarton raire

Dans l'archipel les habitats se répartissent selon la concentration en sel du sol, soit un étagement globalement parallèle à la côte.
  1. - Au plus près de la mer, soumis fortement aux embruns, se regroupent les plantes dites halophiles (qui aiment le sel) dont plusieurs sont protégées comme la Saladelle de Provence. Cet ensemble est l’habitat privilégié d’un coléoptère rare, le Charançon de la Camphorée.
  2. - En arrière des rochers littoraux, la garrigue à herbes grises est également soumise aux embruns mais de manière moins constante. Elle est constituée de végétaux halorésistants (qui résistent au sel). Plusieurs sont protégées : la Germandrée purpurine, le Lys des sables, etc. L’Aristoloche y est présente, elle constitue l'unique alimentation de la chenille d’un papillon rare et protégé : la Proserpine.
  3. - Sur la roche plus compacte, les phryganes à Astragale sont également constituées d’espèces halorésistantes dont quatre sont caractéristiques et protégées : l’Astragale de Marseille, le Plantain à feuilles en alène, les Passerines hirsute et tarton raire.
  4. - Au delà, les pelouses à Brachypode rameux, souvent en mosaïque, sont constitutives des garrigues littorales. Bien que pauvres en espèces végétales, en raison des conditions climatiques extrêmes, la conservation de cet habitat (Limonium echioides et Mysotis pusilla) est classée prioritaire au niveau européen.
  5. - A l’abri du mistral, buissons de lentisque et de romarin, parfois âgés de plusieurs décennies, forment une végétation en « peau de léopard » où se mêlent Fragon petit houx, Alaterne, etc. Elle offre un abri pour les passereaux migrateurs.
  6. - Enfin les falaises tournées vers le nord, mais cependant soumises aux embruns, captent l’humidité atmosphérique et concentrent les rares eaux de pluie, rendues saumâtres par lessivage des sols. La scolopendre, fougère qui bénéficie d’une protection nationale, pousse dans les fissures et les grottes .

 

 

Les adaptations remarquables de la flore face au vent, au sel, à la sécheresse sont la valeur patrimoniale des îles. Ainsi :

  1. - Le Perce pierre ou Crithme maritime est une espèce halophile présente sur les rochers les plus proches de la mer ou les plus soumis aux embruns. Ayant tout de même besoin d’un peu d’eau douce pour survivre, il est doté d'un système racinaire particulièrement développé, pouvant atteindre plusieurs mètres, qui lui permet d’aller chercher l’eau douce en profondeur dans la roche. Cette espèce présente également des feuilles cireuses et succulentes, qui résistent à l’effet corrosif du sel et réduisent la transpiration. Ces feuilles ont des cellules qui stocke l’eau, lui permettant de survivre à la sécheresse.
  2. - La sélection naturelle, pour la Petite Saladelle de Provence, a privilégié le port en coussinet. Il offre une meilleure résistance à la sécheresse et au vent. Ce « bonzaï » se développe très lentement, réduit ses parties aériennes à de toutes petites feuilles, au profit de la croissance de ses racines, afin d’aller puiser l’eau au fond des fissures.
  3. - Beaucoup d’espèces ont une apparence grise telles que la Cinéraire maritime, l'Immortelle, ou encore la Germandrée purpurine. Cette couleur est due à la présence de poils ou de duvet sur les feuilles et la tige. Ils forment une protection contre le sel mais aussi une couche isolant de la chaleur, réduisant l'évapotranspiration. Ces poils permettent également de capter la nuit l’humidité ambiante indispensable pour survivre à la chaleur de la journée.
  4. - L’Astragale de Marseille, comme la Petite Saladelle, développe un port en coussinet, profil qui maintient un microclimat plus frais. Les racines, très développées, vont chercher loin l'humidité. Les feuilles sont constituées de toutes petites folioles, étroites et poilues, pour limiter l’évapotranspiration. Mais l’astragale va plus loin dans son adaptation : elle limite sa surface foliaire au plus chaud de la saison en perdant ces folioles, la tige centrale se durcit et devient une aiguille. D'où son nom de « coussin de belle mère ». Son port en coussinet associé à cet aspect piquant présente en outre l'avantage de protéger les graines des prédateurs : elles peuvent murir avant d’être disséminées.
  5. - Le Lys des sables, lui aussi, a une adaptation particulière : il possède deux types de reproduction : une reproduction asexuée souterraine, au frais, grâce à son bulbe et une reproduction sexuée grâce à la production de graines noires qui vont se disséminer sous l’effet du vent et de l’eau. Ces deux types de reproduction demandent énormément d’énergie et c’est la raison pour laquelle, lorsque les lis fleurissent, toutes leur feuilles sont desséchées et de couleur paille : toute l’eau nécessaire est prise par la reproduction.
  6. - Les plantes aromatiques, enfin, telles que le Thym ou le Romarin, ont également élaboré une adaptation au climat chaud. La nuit, elles produisent des huiles essentielles qu'elles vont libérer pendant la journée. Cette évaporation d'huile consomme de la chaleur, créant une ambiance plus fraîche autour de la plante, et crée une brume réduisant l'ensoleillement.

     

    Ses adaptations ont mis des milliers d'années pour prendre la forme que nous observons aujourd'hui. Par sélection naturelle seules ont subsisté les plantes dont l'évolution épousait les évolutions du milieu; des évolutions qui étaient relativement lentes.
    Face à une évolution rapide, comme le montre, à certaines époques, la brusque disparition de plusieurs familles de fossiles, le vivant dans son immense majorité ne subsiste pas. Il disparait. La Terre a ainsi connu plusieurs extinctions massives du vivant.

    Apprécions et protégeons à la juste mesure nos chemins de rando... Et bonnes randos !

     

Petite Saladelle

 

Cinéraire

Lettre d'information/RANDO VAR Lettre d'information - Lettre d'info Rando Var

Carte des calanques

Ne plus recevoir la lettre d'information

Retrouvez les lettres d'info de Rando Var