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Cade, arboretum au Gd Caunet

Barre de Font Blanche

Revue de presse

N° 92

Un hiver plus beau que l'été, sur la côte...

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Four à cade (Grand Caunet)

 

Le Grand Caunet est le chaînon littoral qui de Cassis à Siou Blanc s'étire sur deux départements. Il domine La Ciotat, St Cyr, Le Beausset, Le Castellet, La Cadière.

La Ste Baume, au nord, le dépasse en altitude, mais ne le protège pas des forts vents d'hiver.

Quand le mistral tord les arbres, les couche, les malmène, quand il arrache aux flots des forêts d'embruns, que la moindre soue boueuse se glace sur les crêtes, l'adret du massif, à l'abri, au soleil, mérite une visite.

Il y a là quantité de fours à cade disséminés dans la garrigue et sous les arbres, quelques ruines de bergeries, des murets de pierres sèches, des puits d'argile, des vignes pourpres, et des sentiers étayés comme autrefois les chemins l'étaient.
Le GR 51 traverse le massif, mais comme une voie ferrée traverse un paysage, avec pour urgence la prochaine gare.

Plus de 200 fours à cade sont répertoriés au sud de la Ste Baume. La commune de La Cadière, la bien nommée, en compte 22. Ils sont les témoins de l'importance de la production d'huile de cade entre le XIXe et le début du XXème siècle. Sur ces versants plein sud, face à la mer, le genévrier oxycèdre dit cade, a trouvé là des forêts dégradées, des garrigues à romarin, à chêne kermès, d'anciens pâturages, bref, un terrain favorable à son développement.

 

4 types de genévriers sont répertoriés en France, tous produisent des fruits globuleux verts puis rouges :
- le cade reconnaissable aux deux lignes blanches qui rayent la face supérieure de feuilles piquantes;
- le genévrier commun dont la face supérieure des feuilles, également piquantes, est pourvue d'une seule bande blanche, et dont les baies sont utilisées en cuisine;
- le genévrier de Phénicie au feuillage non piquant car constitué de rameaux couverts d'écailles imbriquées;
- et enfin le genévrier thurifère, espèce protégée que l'on trouve chichement sur les barres calcaires entre 1000 et 1400 m d'altitude (Thorame Haute, clue de Barles, Mercantour, etc..).

La distillation du cade se faisait dans une jarre chauffée. Les buchettes de cade enfermées hermétiquement exsudaient sous l'effet de la température l'huile qui, récoltée par écoulement, était vendue aux grossistes en pharmacie et aux industriels.

L'huile de cade présente en effet de nombreuses propriétés :
- en médecine humaine (dermatologie)
- en médecine vétérinaire (gale, piétin*, dermite, eczéma...)
- en cosmétologie : savon (Cadum), shampoing,...
Les bergers soignaient le piétin* des moutons avec cette huile, c'est pourquoi, à proximité des bergeries il n'est pas rare de trouver des fours à cade. L'observation de photos aériennes permet souvent de situer bergerie en ruine et fours à proximité...

 

La jarre est la partie droite, le foyer la partie gauche.

Bergerie de La Toussane (Gd Caunet)

L'exploitation du cade pour les usages pharmaceutiques et la cosmétique se poursuit de nos jours dans les Cévennes. En Provence elle disparut dans les années qui suivirent la Libération.
Cette exploitation fut bénéfique pour le massif : on lui doit le débroussaillage, la création et l'entretien des nombreux sentiers où ... nous remettons nos pas. Mais si elle entraina la coupe de nombreux arbres pour chauffer les fours, elle n'eut pas d'incidence sur les cades car les pieds de cade n'étaient pas arrachés au pic, seuls les troncs étaient coupés afin de garantir la regénération de l'arbuste.

Le Grand Caunet était aussi lieu de pâture pour les moutons. Plusieurs ruines de bergeries s'y trouvent. A La Toussane par exemple le bâtiment est un rectangle (7x10m) en trois travées. Deux séries de trois voutes séparaient les travées. Elles étayaient la toiture. La largeur entre chaque travée n'est que de 2 m. Devant la bergerie un enclos de pierre sèche ouvrait au sud, dos au mistral, face à la mer.

On est surpris de découvrir des travées si étroites dans un tel bâtiment. La pierre ne manque pas, elle affleure en tous points, souvent plate, propre à la construction. La bergerie était couverte de tuiles comme l'attestent les bouts de tuiles présents entre les pierres sèches. Elle n'était pas faite de lauzes, ce qui aurait pu expliquer l'étroitesse de l'écartement. La tuile dans le midi était un matériau commun. Il faut en conclure que dans la construction le matériau limitant était donc la charpente : nos ancêtres ne disposaient pas de poutres de diamètre conséquent pour supporter des portées de tuiles sur une longueur même très moyenne...

Faut il en être surpris ?

Quand on regarde de vieilles cartes postales comme celles de Sanary/Mer en 1900 on constate qu'autour des villages, sur la colline Notre Dame de Mai par exemple, ne demeurent plus que deux arbres, bien seuls...

Le bois, avant que le charbon ne le remplace, servait alors au chauffage domestique, à la cuisine, à la construction et notamment navale, à l'industrie : machines à vapeur, fours à chaux, à pois, à cades, savonnerie, etc.... Il n'y avait plus un seul arbre sur Porquerolles quand les savonniers étaient au Langoustier !

Quand sur un tableau ou une photo d'alors se profile un bosquet, il s'agit d'un bois privé, d'une chasse très souvent défendue par des murs...

 

 

Bref, nos paysages étaient nus. La campagne avait été mise en coupe réglée. Aussi trouver des bois de charpente pour une bergerie était mission difficile...

Voilà ce que disait H. Taine dans son Carnet de voyage (1863 - 1866) devant ces zones montagneuses dénudées, au manteau forestier inexistant :

"On dirait un pays brulé, usé, rongé jusqu’à l’os par une civilisation détruite. Point d’arbres, sauf des muriers espacés, des oliviers souffreteux, parmi des myriades de cailloux et de rocs nus, desséchés, blanchâtres ; (...) à l’horizon, des hauteurs dégarnies allongeant les une au dessus des autres leurs squelettes de pierres ; l’homme a tout mangé, il ne reste rien de vivant ; de misérables herbes épineuses, de petites broussailles vivaces se blottissent dans les creux, sur les escarpements. La terre elle même manque, elle a été grattée, ratissée ; les forêts une fois détruites, les rivières sont devenues torrents et l’ont raclée, emportant avec elles tout ce qui alimente la vie. Il ne reste plus que la charpente primitive du sol et le terrible soleil"

La situation fut telle, que l’Etat dût intervenir. Napoléon III en homme de son temps qui rêve de maîtriser la nature, assécher les marais (Landes, Sologne) et coloniser de nouvelles terres qu’il croit vierges, engagea alors un programme de grands travaux.

Quelques préfets, dès 1819, avaient déjà préconisé d’empêcher les déboisements, de boiser les sommets et les pentes et d’endiguer les torrents afin de restreindre crues et inondations catastrophiques pour les habitants et les troupeaux.

La loi du 28 juillet 1860 est une première : l’Etat désigne les terrains à reboiser et oblige les propriétaires à le faire eux mêmes. Elle sera complétée par la loi de 1864 : une stratégie cohérente de reboisement et revégétalisation est alors mise en place. Elle sera pour notre région l'oeuvre de P. Demontzey qui fit venir des pins de toute la Méditerranée, et des cèdres de l'Atlas marocain comme du Liban...

Demeure sur la crête du Caunet un arboretum de l'ONF, un petit enfant de P. Demontzey...

Soignons nos arbres et bonnes randos !

Mince, élancée, toujours présente

* Le piétin est lié à l'irritation du pied que cause une accumulation de terre et de fumier. Il est provoqué par une bactérie spécifique entretenue et transmise par des brebis porteuses saines. Cette bactérie ne survit pas dans le milieu extérieur, sauf dans les sols neutres ou alcalins, soit globalement la Provence.

 

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Cartographie randos Gd Caunet

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