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Montagne de Lure

Les bories de Lure

Revue de presse

N° 94

Il avait neigé pendant la nuit....

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Le bas de la porte avait dessiné dans la neige des arcs de cercles concentriques ...

Nous étions dans le nuage, l'enclos disparaissait dans une lumière bizarre. Il floconnait encore.

Quelques prévisions météo erronées... et un parfum d'inconnue liberté enterre rêves et projets. Adieu progression sur la crête, adieu cascade gelée, et vues sur le Pelvoux, les Alpes, la Sainte Baume... Nous rebattons les cartes. Le brouillard noie les repères, trouble les sens. Il coule dans la combe où la neige accumulée colle aux raquettes, freine la marche. Assis autour de la table du berger, penchés sur la carte, c'est l'heure des interrogations. Quel chemin élire, quels repères choisir ?

Carte, boussole, distance, durée prévisible, repères à ne pas manquer : ce n'est pas un plan de vol mais notre nouveau plan de marche qui est élaboré. Nous notons tout ça avant de sortir, à l'abri, sous le toit.

 

Quand nous passons l'auvent, des chevreuils sortent de la brume, se glissent sous les fayards et disparaissent sans nous regarder. Ouate, privation sensorielle, cols redressés, bonnets vissés, nous suivons la crête jusqu'à la forêt, nous devons y couper une piste à hauteur d'un virage en épingle. C'est notre premier repère, choisi sur la crête parce que le vent, là, devrait avoir balayé le terrain, et rendre identifiable le virage.

Malgré les raquettes nous nous enfonçons. A tour de rôle nous alternons en tête pour faire la trace. Ce n'est pas désagréable, dos au vent, le corps échauffé par la marche, un voile d'humidité humectant les joues, le front. Le paysage est flou, mais nous glissons avec lui. Tout est fluide et cotonneux. Les couleurs en pastel. Les parfums effacés. Le bout du nez glacé.

Dans la forêt nous déchaussons par moments, la marche est plus aisée. Paysage en demi-teintes, de blanc et de gris. Au troisième repère nous devons trouver une bergerie, nous trouvons une ruine .. puis des amoncellements de troncs coupés, prêts à être chargés. Mais avec la neige il se pourrait bien que les grumes soient là pour tout l'hiver.

Les nuages courent bas, nous avalent, nous rejettent, nous ignorent. Nous sommes grains et atomes, particules non identifiées, quantités méprisables. Ce que nous sommes n'est que nous mêmes. Tout dira l'optimiste, rien, le pessimiste, le professeur, pas grand chose. Nous marchons. Ah, la chaude gymnastique d"un corps, le jeu des articulations, le déroulé des enchainements, volontaires et inconscients.

 

 

A 13h nous voilà aux Ecarts, un hameau abandonné, trois bâtisses, une grange, et toujours la neige qui tourne et virevolte. Nous nous installons sous l'auvent, à l'abri. Il y a des fagots de genets, du bois. Nous craquons une allumette, nous ouvrons les sacs. Le moral danse avec la flamme.

Regarder l'habitat, à travers les saisons, c'est détenir une clef pour comprendre les espaces et les lieux.
Ces maisons sont le témoin d'une vie agro pastorale organisée autour du "cycle de l'herbe" : cultures fourragères et céréalières, élevage, pâtures à différentes altitudes, récolte, travail du lait, ces bâtisses sont des maisons-outil : il y a là l'habitat des hommes, celui des bêtes, les lieux de stockage des récoltes et du matériel d'exploitation. Dans la grange une herse, des rouleaux, une charrette, une vieille roue de vannage et de la paille brisée.
La pente commande en montagne l'emplacement des maisons. Les terres les moins pentues sont réservées aux cultures, afin de réduire la pénible nécessité de remonter chaque année les terres cultivées. En montagne les "restanques" n'ont pas été développées. Ou, s'il y en a, elles se limitent à un muret soutenant un jardinet d'été tout à coté de la maison.

La ressource en eau déterminait le type d'habitat : quand l'eau était rare l'habitat était dispersé. Un hameau signifie une ressource importante. Mais, sous la neige, nous ne trouvons pas trace de source ou d'abreuvoir. Sur le linteau patiné des dates et des initiales sont gravées, 1876, RH VT.

L'exploitation est abandonnée. Mélange étonnant de nature sauvage et de nature domestiquée retournant à l'état sauvage.

 

La montagne de Lure s'étire d'ouest en est, en prolongement du Ventoux. Ce barrage aux influences nordiques doit son orientation au contre coup du plissement pyrénéen. Lure prend fin avec la Durance, à la porte de Sisteron.
A ses pieds la voie romaine, la voie domitienne, qui, par le col St Gotard, reliait le nord de l'Italie à la Narbonnaise et l'Espagne, court sur ses contreforts, de Ganagobie à Apt en passant par Forcalquier.

Pins sylvestres, sapins, hêtres, chênes colonisent ses versants. En hiver c'est un massif sauvage, déserté, si ce n'est autour de sa petite station de ski qui, quand la brume et la neige ne viennent confondre et souder les paysages, offre des échappées sur tout le quart sud est de la France.
Pays de croupes molles et de reliefs fiers, Lure se prête à merveille au ski de randonnées et à la raquette. Ses deux versants aux déclivités fort dissemblables présentent deux approches différentes du massif. Sentiers de bergers et pistes forestières quadrillent la montagne, conduisant aux bories, ramenant aux crêtes. A chacun de choisir en fonction de ses équipages...
Bonnes randos !

Rando Var vous souhaite ses meilleurs vœux pour 2013.

 

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