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Rocher de l'Aigle

Grand Coyer au printemps

Revue de presse

N° 96

Avec l'hiver dans le Haut Verdon....

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Le poêle ronfle au Grand Coyer...

L'air est vif. Il pique les visages, les joues non rasées, ou couvertes de crème. Encapuchonnés, bonnetés, enturbannés, dans la tourmente nous maudissons nos choix...

...nous regrettons le gite chaud où, la veille au soir, le poêle ronflait. Guêtres serrées, gantés, lunettés, nous suivons tête basse, épaules rentrées, la trace de qui nous précède. Aveugles, mais pas sourds aux craquements-claquements des branches que le vent fouette. Il neige.

Nous traversons rapidement le Plan de Rieu. La neige dure , tollée par endroits, est soufflée par le vent. Graviers et herbes rases, dentelles gelées, résistent par plaques, comme un affront aux champs de neige. Nous franchissons le thalweg, la descente est raide. Sous nos pieds la neige part en boules qu'il ne faut surtout pas imiter. Remonter le versant opposé, particulièrement raide, s'avère pénible et délicat avec nos raquettes.

 

Nous voilà dans la forêt. Elle craque de toutes parts. A travers les mélèzes au tronc en virgule, le vent est moins virulent, mais c'est un fracas de branches cassées, entrechoquées, frottées. Pas d'oiseaux, pas de chevreuils, pas de cerfs, pas de chamois...

Et pas question de s'arrêter, d'herboriser, de photographier. L'air est gelé, le vent accentue l'engourdissement des doigts. Pas de tétras lyre paradant dans la combe, pas de pavanes d'amour, pas de courtisans emplumés jouant des simulacres de combat pour attirer l'attention de quelques poules, pas de chamois bondissant et coupant le sentier, pas de berger, pas de troupeau...

Rien que la neige, le vent, nous huit, sous nos sacs blanchis, ahanant sur nos bâtons, ne levant même plus la tête. Cohorte dodelinante en route vers les cabanes du Pasquier (2110 m), et le plateau de Pisse-en-l'Air... Tout bruit, tout craque. Le sentier n'est pas des plus pentus sous les mélèzes. Il s'élève doucement, régulièrement. La progression devenue plus facile, chacun retourne à ses pensées, à ses songes, et plus personne ne se focalise sur ses raquettes.

Il neige. La vallée disparait sous les flocons. Dans une courbe la forêt s'écarte, des murs sombres surgissent : les cabanes. Nous traversons ce qui doit être un parc à moutons. La première porte s'ouvre : tables, chaises mais pas de bas flancs. La deuxième porte ouvre sur cuisine, poêle, bancs, lits... Oh luxe : tout le confort bourgeois. Nous occuperons les deux logis. Le cuisinier d'autorité prend possession du "canapé"... et se promeut "officier du poêle" !
Nous sortons nos buches...

Il fait nuit. Sous la clarté des étoiles et de la lune, l'enclos à moutons moutonne d'un blanc cotonneux. Les branches ploient sous la neige. Demain au premier soleil elles se déchargeront sur ces randonneurs impénitents.

 

Les mélèzes en virgules...(photo prise au printemps)

 

Le pré en selle de Chabanal (photo prise au printemps)

 

L'air est vif. Décision est prise de ne pas couper par le plateau de Pisse-en-l'Air, mais d'emprunter la Baisse de l'Orgeas (1992 m), nous passerons sous la barre de Pisse-en-l'Air. Advienne que pourra ! Mais par cette froidure il y a peu de risques, le gel est roi. Le sentier suit les courbes de niveau et le soleil progressivement illumine Chamate (1998 m), le Cheval Blanc (2323 m), la Montagne de Cordeil (2015 m), l'Autapie (2248 m). Aucune trace, aucun bruit si ce n'est par moments le plouf sourd d'un pan de neige qui s'écroule.

Voilà les cabanes de Congerman, sous le petit Coyer. Bâties sur la crête, dans la pente elles dominent les gorges de St Pierre où en cette saison nous ne nous risquerons pas. Sur l'autre versant, la Cabane de Chabanal (1900 m) occupe le haut d' une selle dégagée, un très joli pré que les chamois traversent au printemps pour rejoindre le rocher de l'Aigle (2396 m).
Aujourd'hui c'est un champ de neige inondé de soleil où chantent d'invisibles oiseaux. Les chamois sont là encore, une dizaine, nous les observons un bon moment à travers les arbres, aux jumelles.

En hiver, ces animaux survivent grâce aux réserves accumulées pendant l'été. Chaque dérangement les oblige à puiser dans leur graisse. Aussi il faut éviter de les déranger, de les faire fuir afin qu'ils n'épuisent pas inutilement les réserves nécessaires pour résister à l'hiver.

 

Ici l'hiver peut durer de novembre à mars. Si certains animaux migrent plus ou moins loin pour des territoires aux conditions plus clémentes, si certains hibernent, se mettent en léthargie, d'autres doivent tenir, survivre à l'hiver dans le froid, le vent, la neige et le manque de nourriture.

Pour se déplacer dans la neige, pour maintenir leur température constante, les besoins énergétiques des animaux sont à leur maximum alors que les apports en nourriture sont les plus faibles : l'herbe sèche est 4 fois moins nourrissante qu'au printemps et il leur faut consacrer trois fois plus de temps à se nourrir. Le bouquetin mâle peut perdre ainsi un tiers de son poids en hiver. Si chaque jour un randonneur le dérange, il s'épuise.

Tétras lyre et lagopède, de même, ont besoin de 2 à 3 fois plus d'énergie pour maintenir leur corps à température. En hiver, ils passent plus de 20h dans des igloos, enfouis sous la neige. Tout dérangement, tout envol répété les affaiblissent parfois jusqu'à épuisement. Et trahissent leur présence auprès des prédateurs à l'affut.

Nous suivons le Verdon 900 m au dessus du lit, selon la courbe de niveau. Nous approchons les contreforts du Laupon (2432 m), reconnaissable à la structure métallique de l'émetteur hertzien qui le coiffe. Un bref dénivelé et nous voilà au sommet du Couguyon (2147m). A nos pieds les villages de Beauvezer et Villard Colmars, tout de blanc, n'offrent de sombre que leurs troncs effeuillés, les portes de granges et la griffure noire du roulage des voitures. Dans le vallon de Chasse tout est immobile. Nulle fumée.

Au Cabanes du Défens (2053 m) nous amorçons la descente vers Beauvezer par le GR de Pays. Ce n'est plus qu'un exercice de style........

Bonnes randos !

 

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La descente, au printemps, un exercice de style...

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