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Lac des Escarcets

Bois du Rouquan

Revue de presse

N° 97

A la rencontre des sols acides....

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Plaine des Maures : les dalles compactes et imperméables

Les Maures et une partie de l'Esterel sont constitués de terrains métamorphiques, siliceux. Ils datent de l'ère primaire, époque où les mammifères, les reptiles, les ammonites n'existaient pas encore. Poissons et trilobites seuls proliféraient.

Ces terrains siliceux sont à l'origine de sols acides dont les formations végétales sont bien différentes de celles des sols calcaires.

Schistes, granites, grès sont leurs composants.

Les schistes, feuilleté sombre, luisant, aux plis parallèles, déchiquetés, redressés, sont des roches argileuses qui se sont feuilletées sous les pressions colossales qui ont accompagné la formation des deux massifs. La chaleur qui accompagnait cette orogénèse a fait "suer" la roche et libéré des eaux chaudes minéralisées qui, chassées dans les fissures, ont donné des filons de quartz blanc. Les falaises du cap Sicié comme de la presqu'île de Giens offrent aux vagues l'architecture folle et soyeuse des schistes.

 

Les granites proviennent, eux, de la fusion partielle des roches au coeur de la chaîne hercynienne. Là, ils se sont lentement cristallisés. Reconnaissables par leurs cristaux de quartz, feldspath et mica, les granites se désagrègent en donnant du sable : l'arène.
De nombreux filons de minéralisation existent. Ils forment des zones de résistance à l’érosion au niveau des crêtes : les Roches Blanches à la Garde Freinet sont un affleurement de quartziste. Localement d’autres filons, riches en minerais, tel l’argent ou le plomb ont été exploités, parfois dès l’Antiquité.

Les grès, enfin, aux grains accrocheurs sous la main, scintillants, sont des roches détritiques : ils proviennent de la désagrégation des roches des Maures et de l'Esterel. Les grains de sable transportés par les eaux de ruissellement et les cours d'eau se sont soudés au fil du temps et ils forment des bancs agglomérés parfois de façon si compacte qu'ils deviennent imperméables comme dans la dépression permienne de la plaine des Maures où coulent côte à côte mais en direction opposée l'Aille et le Réal. La nature de leurs grains, la taille, leur poli indiquent leur origine (Esterel ou Maures) et la distance parcourue. Quand ils sont rassemblés de façon moins compacte ils forment des grès poreux dont les fortes capacités de rétention en eau favorisent le creusement de puits.

Dans la Provence calcaire le massif des Maures constitue une île boisée, insolite. Son originalité écologique provient de son sol acide et d'une longue tradition forestière.
Le massif des Maures présente à l'ubac des versants abrupts, entaillés par de profonds vallons. Ils offrent des microclimats variés, passant en quelques mètres du plus frais au plus aride. La nature s’y est adaptée ; ainsi cohabitent à peu de distance des plantes d’origine africaine et d’autres d’affinité montagnarde. Le massif des Maures est un carrefour biologique comme il en existe peu en Provence.

 

Les îles vues des Maures

 

Chemin de la mine : Pinède à pins maritimes

 

Selon le stade de maturité de la forêt et la profondeur du sol, la fréquence de débroussaillage ou encore l’historique des feux, on rencontre tour à tour :
  • La pinède à pins maritimes
    Il s’agit d’une forêt pionnière qui s’installe avant les chênes sur les stations les plus ingrates ou en tache après un incendie. Il faisait l’objet d’une importante activité économique mais a très fortement régressé car il a été attaqué par une cochenille introduite dans les années 50.
  • La châtaigneraie
    Elle a été introduite assez récemment (au Moyen-Age) par plantation de vergers pour la culture des fruits. Ce fut une grande richesse alimentaire pour les habitants des Maures jusqu’au XXe siècle. On trouve les vergers en versant nord sur les meilleurs sols, à proximité des sources. Parfois les vergers ont été abandonnés dans la seconde moitié du XXe siècle et souvent coupés pour leurs bois.
  • Le maquis
    Dominé par les petits ligneux et les espèces arbustives, typique des sols acides, il se classe en deux catégories : un maquis bas, pionnier, à base d’espèces de cistes, de filaire, de callune ; un maquis haut où dominent les bruyères arborescentes et l’arbousier.
  • La chênaie
    Trois espèces de chênes se partagent l’espace. Le chêne vert apparaît plutôt en altitude sous forme de taillis dense. Il est le témoin des anciennes activités de charbonnage. Le chêne blanc ou pubescent peu présent est en progression. Son développement a été contrarié par le chêne liège.

 

La dynamique naturelle de la végétation, quand existe un sol suffisamment profond, conduit avec le temps vers un stade ultime qui est une chênaie mixte dominée par le chêne pubescent. Le chêne liège présent depuis près de 8 000 ans, ne serait pas naturellement dominant si les pratiques pastorales et forestières ne l'avaient favorisé.

La suberaie (forêt de chêne liège) n’est présente que dans l’Ouest du bassin méditerranéen, de la Tunisie au Maroc et du Portugal à l’Italie. En France, il en existe que dans les Pyrénées orientales, les Maures et en Corse.
Elle fournissait en liège le monde entier - boire est universel ! - avant que le bouchon synthétique ne soit inventé.
Le chêne liège ne pousse que sur un sol acide, une certaine humidité de l’air, un climat méditerranéen et des conditions de pleine lumière. Son "écorce" est unique par son épaisseur et sa résistance à la chaleur. Elle est composée d’une multitude de cellules remplies de gaz qui en font un excellent isolant.
Depuis l’antiquité le liège est recherché comme flotteur pour les filets de pêche, comme semelle de chaussure, et pour boucher les amphores puis les bouteilles. Cette ressource est renouvelable, recyclable et difficile à remplacer pour beaucoup d’usages. Pourtant la forêt de chêne liège exploitée a diminué de 50 % ces cinquante dernières années en France. Ailleurs, elle est souvent en danger du fait des changements climatiques, de mauvaises pratiques de gestion, et des incendies.

Les ruisseaux temporaires contribuent grandement à la biodiversité des Maures et de l'Esterel. Un grand nombre de plantes rares, souvent naines et adaptées à l’assèchement puis à l’inondation s'y développent. La tortue cistude est l’animal emblème de ce milieu.

Sur les collines pentues s'accrochent la vigne. Le débit en feuillets et les nombreuses fissures du schiste favorisent la rétention d'eau dans le sol. La vigne puise ainsi, même au plus chaud de l'été, l'eau nécessaire à sa croissance. Quelques grands crus bordent ainsi le massif des Maures. Une incitation de plus, s'il en fallait, pour (re)découvrir les sols acides ....

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Chêne liège des Maures non démasclé

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Cartographie Les Maures

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