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Le patrimoine, une dimension communautaire

dimanche 13 septembre 2015

Dans le paysage, certains édifices, fontaines, lavoirs, oratoires, chapelles, pigeonniers, moulins, bories,…. participent à l’organisation de l’espace communautaire.
Nous ne les voyons plus, inscrits qu’ils sont dans notre quotidien. Et nous n’appréhendons pas toujours clairement cette dimension communautaire.
Et pourtant ces édifices sont intimement liés aux pratiques sociales et économiques ; ils rythmaient les activités tout au long de l’année. L’attachement que leur porte toujours les populations témoigne de leur importance

  1. Le patrimoine religieux
  2. Le patrimoine agricole
  3. Le patrimoine industriel
  4. Le patrimoine hydraulique

 

Le patrimoine religieux

Entre la fin du Xème siècle et la première moitié du XIIIe la Provence connaît un renouvellement économique et démographique qui favorise une réorganisation complète des campagnes. Des villages se forment autour des châteaux seigneuriaux, les grandes abayes bénédictines régionales comme St Victor de Marseille, St André de Villeneuve les Avignons, Montmajour en Arles, se développent, encouragent la multiplication de chapelles isolées. Les moines mettent en culture leurs domaines et ancrent des pratiques dans la culture locale (irrigation, drainage des sols, assolements...). L’empreinte monastique sur le parcellaire foncier est toujours perceptible de nos jours, notamment en milieu rural.

Au début du XVI siècle les crises ( épidémies, guerres) de la fin du Moyen age sont terminées. Le clergé a perdu la plupart de ses possessions rurales. Les campagnes se relèvent doucement, les domaines agricoles dispersés et l’aménagement des routes favorisent une nouvelle organisation rurale où les espaces sacrés sont progressivement pris en main par les populations locales. Ce phénomène s’observe jusqu’au début du XXème siècle.

Si l’architecture vouée au culte catholique domine en nombre, il existe cependant d’autres communautés : les vaudois, arrivés au XV siècle, ont laissé peu de vestiges spécifiques. Leur adhésion au protestantisme en 1532 et le rétablissement de la liberté de culte en 1806 ont permis la construction de temples et de nombreux tombeaux isolés dans les communes protestantes. Les juifs, présents dès le Moyen Age, sont expulsés de Provence dès la fin du XV siècle.

Plus de la moitié des chapelles est de fondation médiévale (XI milieu XIII siècle). L’architecture gothique apparaît après le XIII siècle.

Les croix et les oratoires très nombreux en Provence jalonnent le paysage : croisements, places, cimetières…et sont devenus repères géographiques pour randonneurs… Ils ont été élevés pour la plupart entre la fin du XVIII siècle et le début du XX siècle. Certains sont restaurés et renouent une tradition dont l’usage a perduré jusqu’au milieu du XX siècle.

 
Le patrimoine agricole

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Jusqu’à la première moitié du XIX siècle, l’économie de la Haute Provence est celle de l’exploitation de la terre : culture des céréales, de l’olivier, de l’amandier et de la vigne sur les terres légères des coteaux et des plateaux. Elle est complétée par la culture de légumes, à la faveur des pluies de printemps, le produit de petits troupeaux, la production de vers à soie, la culture de la garance et l’exploitation de jardins potagers autour du village.

Les forêts, qui fournissent le combustible nécessaire aux fours domestiques et artisanaux, sont lourdement exploitées dès le XVIII siècle, entraînant une pénurie de bois à peine un siècle plus tard en plusieurs secteurs.

Toutes les ressources sont mobilisées pour accroître la production. Les pierres issues de l’épierrage des champs sont utilisées pour la construction de bories, restanques, remises, écuries, cabanons et fermes. Les systèmes d’irrigation se développent en bordure de la Durance dès la fin du XIX siècle permettant le développement de cultures maraîchères et d’arbres fruitiers.

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Pigeonnier sous les falaises

Les pigeonniers, les aires de battages, les ruches encastrées dans les murs de restanques, les bories, les cabanons témoignent encore de cette intense activité agricole.

 
Le patrimoine industriel

L’activité industrielle ne tient pas la principale place en Haute Provence. A la transformation des ressources alimentaires s’ajoute dès le XVI siècle l’installation de fabriques de matières premières.

Ces industries artisanales s’implantent à proximité des ressources. Elles alimentent les chantiers de construction, briqueterie, fours à chaux, à plâtre dès le XVI siècle. Les verreries, les faïenceries feront la renommée de certaines bourgades. Au XVIII siècle l’industrie textile connait un vif essort avec les magnaneries, filatures, moulins à garance...

Le développement des routes et du chemin de fer dans la deuxième moitié du XIX siècle favorisent l’installation de nouvelles activités centrées sur l’extraction de minerais dont seules les activités des carrières de pierre subsistent de nos jours.

Les moulins à eau et à vent servent à la transformation des denrées alimentaires et ont un rôle social important. Exceptionnellement ils servent à concasser papier, plâtre, gypse, garance...

La traction animale est surtout utilisée dans les moulins à huile installés en milieu urbain.

Dans le four à pain banal, sous l’Ancien Régime, les habitants cuisaient leur pain après avoir acquitté un droit de fournage au seigneur propriétaire. A partir du XVème siècle les communautés rachètent peu à peu ce droit. Au début du XIX siècle la majorité des fours sont rachetés et gérés par des boulangers. Il est cependant possible de remettre au boulanger la farine nécessaire à la famille pour toute l’année pour la fabrication de son pain ou d’utiliser le four collectif.

Les fours à chaux sont principalement temporaires, creusés à même le sol à proximité du calcaire et du bois. La chaux provient de la calcination de la pierrre calcaire : les pierres sont empilées sur du bois. Le feu est porté à 800 - 900°. La chaux ainsi formée est broyée puis aspergée d’eau pour la transformer en chaux éteinte. C’est celle ci qui sert à la fabrication des mortiers par ajout de sable.

 
Le patrimoine hydraulique

L’eau, ressource rare et précieuse, maîtrisée depuis des siècles par de multiples aménagements et ouvrages illustrant le génie des pratiques sociales, assure un rôle capital pour les usages domestiques, agricoles, industriels.

Seuls la Durance, le Verdon, la Bléone, l’Issole, conservent un débit significatif toute l’année. Ailleurs l’eau est quasiment absente de la surface du sol.

Sur les calcaires, l’eau souterraine est trop profonde pour être captée. L’eau est recueillie dans des citernes ou des aiguiers.

Sur les versants les nombreuses sources ont été aménagées pour régulariser leur débit. Sur les coteaux plusieurs techniques ont été développées : puits, mines d’eau et sources aménagées.

Dans les plaines, notamment celle de la Durance, seul secteur où l’eau n’est pas un facteur limitant mais où au contraire elle a dû être canalisée pour limiter les effets dévastateurs des crues, notamment quand sur les versants la forêt avait disparu, d’importants réseaux collectifs ont été aménagés pour garantir l’alimentation en eau.

Les fontaines

Les premières apparaissent au début du XVI e siècle. Elles remplacent les sources situées en périphérie des villes. Mais l’aménagement du captage et du réseau de distribution de se développe vraiment dans les villages qu’à partir du XVIIIe siècle pour se généraliser à la fin du XIX et au début du XXe siècle.

En effet autour de 1850, rues et places sont ouvertes dans les centres anciens et une place importante est accordée alors aux fontaines. Femmes et enfants font la corvée d’eau. Commerces, marchés et cafés s’établissent à leurs abords. A partir de la "grande" fontaine des fontaines secondaires sont desservies, construites dans les nouveaux quartiers. L’eau est un bien précieux : des écriteaux : « ne pas salir l’eau » sont fréquemment apposés à leurs abords. Le surplus d’eau est canalisé vers les abreuvoirs communaux, les jardins- avec institution de tours pour utiliser l’eau - ou les lavoirs.

Les lavoirs

Ils apparaissent dès le XVIIIe siècle dans l’aménagement collectif. Mais la plupart seront construits à la fin du XIXe siècle.

Très rapidement ils deviennent des lieux de sociabilité féminine.

Placés en dehors de l’enceinte et alimentés directement par une source ou un puits ou une mine d’eau, ils limitent la propagation des bactéries par l’eau et offrent des aires propices au séchage et à la bugade. Les lavoirs gardent la mémoire des pratiques de village, et restent un lieu de rencontre et un emplacement rare de discussion au frais.

La bugade c’est la grande lessive des draps, avec grande cuve, trépied en bois ou en métal et apport généreux de cendre pour la potasse qu’elle contient.

Les citernes, puits et mines d’eau

L’alimentation à la source ou à la rivière n’est pas toujours possible. Aussi la récupération des eaux de pluie et le captage en sous sol se développent également. Les citernes sont utilisées dans les zones où les nappes phréatiques sont trop profondes. Certaine citernes peuvent atteindre 150m3. Mais souvent elles se limitent aux besoins de la famille. Couverte, placée à l’ombre, parfois à demi enterrée elle conserve fraîcheur et propreté.

L’aiguier est une forme originale de citerne : creusé dans la roche sur les plateaux calcaires il rassemble les eaux de ruissellement collectées par tout un système d’entailles orientées vers le réservoir.

Le puits est souvent couvert par une voûte semi circulaire à ouverture rectangulaire ; plus rarement il est protégé par une simple margelle circulaire sur laquelle est fixé un arceau de ferronnerie. Le puisage est manuel.

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Mine d’eau ou rhettara (Source MuCEM)

Les mines d’eau ou tounes sont des galeries horizontales, légèrement en pente vers l’extérieur, creusées dans la couche perméable jusqu’à un niveau de couches d’argile. L’eau sort par gravité et est généralement réceptionnée dans un bassin. Elles peuvent mesurer plus de 100m et avoir plus de 1,70m de hauteur. Elles nécessitent un entretien régulier et beaucoup aujourd’hui, dangereuses, ont été délaissées. Elles apportaient pourtant une eau pure, renouvelée, à la différence de certains puits. A Oraison, comme à Riez, les mines d’eau sont d’usage courant, bien avant l’arrivée des romains.

Les captages en rivière constituent l’un des patrimoines hydrauliques les plus importants. Ils assurent l’alimentation des moulins ou l’irrigation des terres. Certains sont toujours en activité et participent au développement agricole, industriel et culturel de certaines communes.

Messages

  • Bonjour,

    Je tiens à vous préciser que dans le piémont du Ventoux, des galeries creusées dans la molasse gréseuse recueillent également les eaux qui filtrent à travers la montagne karstique du Ventoux . Dans le Comtat Venaissin on les appelles "mines"

    Leur longueur dépendait de leur usage. Les plus petites n’ont que quelques mètres de profondeur. Elles servaient à alimenter de façon pérenne de petits bassins réservés à l’irrigation de cultures en terrasses. Les plus grandes galeries se prolongent sur plusieurs kilomètres.
    Elles étaient creusées par des baumeurs et surveillées par des fontainiers. Outre l’irrigation, elles alimentaient fontaines publiques et lavoirs. D’après les contrats existant dans différentes archives, leur utilisation s’est surtout avérée utile entre 1750 et 1860, et, grâce à une rigoureuse gestion collective, ces galeries ont assuré pendant plus d’un siècle une alimentation communale en eau toute l’année.