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Tête de l’Estrop (2961 m)

samedi 14 novembre 2015

Randonnée de 2 jours

L’ascension de la tête de l’Estrop est une randonnée de deux jours.

Le 1er jour : remontée de la vallée de la haute Bléone , découverte de la cascade de la Piche et du haut vallon de l’Estrop où le refuge est installé.

2ème jour : ascension de la Tête de l’Estrop : un panorama à 360° sur les massif du Blayeul, de la Haute Bléone, les cimes de l’Oisans.

Dénivelé : 1784 m (874 + 910)

Durée : 2 jours avec une nuit au refuge de l’Estrop

Départ : parking des Eaux-Chaudes (altitude : 1177m)

Localisation :
De La Javie, emprunter la D 107 jusqu’à Prads, soit environ 12 km. Après Prads, poursuivre sur la D 107 sur 1 km . Au niveau du pont, quitter la D 107, rester en rive droite de la Bléone et suivre tout droit la petite route : elle aboutit au parking des Eaux-Chaudes.

Voir la carte IGN
Cartes IGN au 1 / 25 000 : 3439 ET
L’extrait de carte ne suffit pas pour randonner : il est indispensable de disposer de la carte indiquée.

1er jour :

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Balisage : jaune et rouge Durée 5 h.

Après avoir laissé la voiture à proximité du lac, suivre la piste balisée en rive droite : la marche d’approche est assez longue le long du torrent de la Blanche de Lavercq. La vallée est austère malgré le soleil couvrant Roche Bénite et la Petite Séolane.

Les bâtiments du Plan Bas, sur fond de mélèzes, reliques d’une ancienne exploitation agricole, témoignent du courage des hommes pour mettre en valeur le moindre lopin de terre et en tirer subsistance. Lors des opérations de reboisement menées par RTM dès 1871, Prosper Demontzey a dû faire occuper ces bâtiments pour loger les agents du reboisement.

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Au niveau du Ravin des Eaux Grosses, le sentier passe en rive gauche de la Bléone. La montée se fait alors en sous bois, s’ouvrant sur d’anciennes zones de pâturage. Un chamois descendant le sentier détale à notre vue et saute le torrent.La Tête de Chabrière (2745m) et la Tête de Balaour (2530m) dominent la vallée. Après la sortie de la forêt quelques couloirs d’avalanches coupent le sentier, au milieu de centaines de ruisselets. Le balisage de jaune devient bleu...

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Le raidillon des Revaux franchi, on accède au Jas de la Piche que surplombe la cascade de même nom. Une vire, le Pas de la Piche, permet de la contourner et ouvre l’accès à l’alpage de l’Estrop : un grand vallon d’herbe grasse que creuse le torrent où des vasques d’eau claire, reposante pour les pieds, invitent à musarder...Plusieurs hardes de chamois broutent.... Visiblement guère farouches. Sous la Crête des Barres ensoleillée, les pieds dans l’eau, nous décidons la pause médiane sous les sifflets de marmottes.

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En amont de la cascade le paysage n’est plus le même. Une vaste combe, que zèbrent et colorent de brun de multiples affleurements rocheux, où émergent quelques mélèzes, où pâturent de nombreux moutons et que coiffent des crêtes toujours enneigées.

Là, perdu dans cette immensité, à peine visible, le refuge de l’Estrop. Un belvédère, une terrasse magnifique en proue de vaisseau, baignée de soleil... Il suffit de peu de choses, après semblable grimpette pour apprécier le rien faire, les pieds en éventail, un verre à la main. On se verrait même berger !

2ème jour :

Durée : 5 h à partir du refuge.

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Au lever, la combe, le refuge sont dans l’ombre. Il fait même froid : un air glacé, descendu des champs de neige qui nous surplombent, coule vers le ressaut de la Piche.

Pas de bruit. Nul son de cloche. Le soleil lèche les crêtes, projetant l’ombre de Tête Noire, de l’Auriac, des Trois Evèchés sur les flancs et les crêtes alentour.

Le parcours est en forme de grand S. Remonter la combe, un grand escalier où alternent rochers, replats et ruisselets. L’herbe encore jaunie du poids de la neige laisse de ci de là émerger de nouvelles pousses. Au creux de la roche même, elles jaillissent parfois. Elles éclosent aussi au creux de cuvette de sable.

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De grandes dalles succèdent à des gisements d’éclats de roche. La puissance du gel ferait le bonheur de tout entrepreneur qui aurait résolu le problème du transport, tant la régularité des fractures assurerait le réemploi de la roche éclatée.

Champs de neige, dalles rocheuses, éboulis et peu à peu le paysage s’ordonne, le sommet s’abaisse et notre propre estime grandit...

Tête de l’Estrop, à 2961 m, nous levons nos verres et sacrifions un coq ! Enfin, pas comme le demanda Socrate.... le notre étant déjà cuit !

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Le panorama est de première grandeur. Là, autour de nous, tous les sommets que depuis 20 ans nous parcourons se dressent, blancs pour la plupart. Tête de l’Estrop, c’est bien un voyage dans le temps, temps de la réserve Géologique de Haute Provence, sans doute, mais temps aussi de nos propres souvenirs. Santé !

Le soleil bascule, nous plions les sacs et ce sera d’une traite que nous rejoindrons le parking, aux Eaux Chaudes, alors qu’une fraîche pénombre aura déjà noyé la vallée.
P.-S.


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Construction de fascines en 1907

Toutes les cabanes disponibles servirent aux forestiers lors des opérations de reboisement destinées à combattre les crues dévastatrices causées par le déboisement déraisonné dû à l’essor démographique du XVIII siècle. Ces crues provoquaient destructions de villages, morts d’hommes, disparitions de troupeaux, émigrations.

Désormais l’Etat achète aux communes et aux particuliers des milliers d’hectares et se charge des travaux. Le garde forestier devient une figure majeure de la vie dans les zones de montagnes. Et souvent, la population locale qui ne voit pas d’un très bon œil cet étranger, accuse l’Etat de vouloir "remplacer les hommes par des pins noirs" .

Les techniques de reboisement appliquées sont l’œuvre de Prosper DEMONTZEY qui les présente à l’exposition internationale des sciences en 1875.

A la suite de la loi sur la restauration des terrains de montagne, promulguée en 1882, P Demontzey, inspecteur général des Eaux et Forêts, dirige en Provence les services de la Restauration des Terrains de Montagne (RTM). Cela lui vaut la reconnaissance de l’Europe entière : "Il faut sauver la montagne et pour cela l’enserrer dans les milles bras de la forêt, le seul athlète assez puissant pour la préserver à jamais."

Dès 1877, l’administration des Eaux et Forêts réalise de nombreuses photographies montrant les travaux réalisés par les forestiers.

En 1886, P Demontzey, par une instruction interne, rend systématique l’utilisation de la photographie. Cet outil aide à la compréhension de l’évolution des paysages.

A cette époque les appareils utilisés sont en laiton, bronze et noyer. Ces chambres photographiques permettent toutes les corrections de perspective. Les dos interchangeables contiennent deux plaques de verre. Ces équipements de très bonne qualité sont aussi très lourds. Les prises de vue sont de véritables expéditions. La pose des personnages est indispensable et les photographes réalisent de véritables mise en scène. Ils sont conscients d’immortaliser un monde en train de disparaître et heureux de montrer l’avancée du progrès technique.

Aujourd’hui devant tel ou tel lotissement, il est difficile de croire qu’en ce lieu, voilà 150 ans, se situait le cône de déjection d’un torrent qui semait la misère lors des crues ....Au col du Labouret, un mémorial porte le buste de Demontzey, un précurseur.

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