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Tour de la Cascade de la Buffe

mercredi 23 décembre 2015

Hameau abandonné de Navette

Au sud de la Chapelle en Valgaudemar la vallée de Navette se referme sur le glacier de l’Aup, au pied du Pic de Mal Cros (3116m). Vallée d’alpage, jadis habitée, cultivée, elle s’ouvre au delà du défilé des Portes, protection naturelle qui en hiver isole la vallée.

Le torrent a creusé là un profond canyon où les eaux tourbillonnent et sculptent de gigantesques marmites de géant. Le Pont des Oules les franchit.

Mais le hameau de Navette, à la confluence de deux torrents, n’était pas à l’abri des crues et inondations. Aujourd’hui c’est un hameau abandonné, mangé par la végétation

Dénivelé : 1070 m Durée : 7h00

Départ : Parking de Navette (altitude :1300 m)
A partir de la Chapelle en Valgaudemar prendre derrière l’église la petite route qui conduit aux Portes. Traverser le hameau et poursuivre plein sud la piste étroite. Un vaste parking est aménagé juste avant le pont.

Voir la carte IGN Cartes IGN au 1 / 25 000 : 3437 OT
L’extrait de carte ne suffit pas pour randonner : il est indispensable de disposer de la carte indiquée.

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Franchir le pont et passer sur la rive droite du torrent de Navette. La piste forestière pénètre dans la forêt - mélèzes, érables, pins - résultant des travaux de reboisement menés par l’office des forêts, ancêtre de l’ONF.

Trois cents mètres après le pont, et avant d’atteindre le torrent de la Buffe, débute sur la gauche un sentier tout en lacets. Sous un couvert végétal dense il conduit à la Lauzière, une patûre à cheval sur la crête du Puy, à l’herbe grasse, et d’où, tout à coup, se révèlent la vallée de Navette, les granites du Pic de Pétarel (2618m), le Pic Disdier (2561m), le Pic de la Colle Blanche (2975m) et, tout au sud, le Pic de Mal Cros (3116m).

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Le sentier suit cette dorsale ascendante. La cascade de la Buffe, et tout le cirque que constitue Coste Plane se découvrent alors. Ils accompagneront toute la progression. Dans ces terres grises la cascade prend des aspects laiteux. Elle jaillit de l’alpage subjacent, riche, au vert soutenu. Et explose 300 m plus bas dans une vague de gerbes fluctuant avec la brise.

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L’herbe est haute. Le soleil déjà haut. Et une senteur de foin, de trèfles, rode sur ces arpents piqués de fleurs.

Voilà le col. La vallée de la Séveraisse se dévoile, coiffée par l’Olan (3564m), la pointe de la Muande (3315m), les Rouies (3589m). Le sentier s’oriente vers l’est et suit, aérien, la Crête de Cote Grasse. Dans les éboulis au sud, les chamois s’égayent. Le sol est par endroit instable. Le terrain a tendance à glisser.

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Aussi convient il de ne pas couper directement vers la cascade et la cabane des Pales. Les glissements de terrain sont nombreux, le passage dangereux quand le sol est gorgé d’eau (risque de solifluxion). Il faut atteindre en premier la pointe du Chapeau. Et de là rejoindre les Pales.

En redescendant du Chapeau, se profile devant vous la crête du Grand Serre. Nous sommes là dans le "synclinal" de Morges, une dépression tectonique dont les deux bords, septentrional et méridional, convergent vers l’ouest pour se rejoindre à Navette. Ces terrains déposés au Jurassique, ont été vivement déformés par les phases de compression constitutives de l’élévation des Alpes : ils ont été serrés entre les mâchoires des blocs cristallins qui les encadrent au nord (Crête de Colombes : gneiss oeillés) et au sud (Pic de Parières et Choucières Vertes - gneiss oeillés également).

C’est le plus beau passage pour rejoindre le refuge de Vallonpierre, par la Parrière et le col des Chevrettes. Dépaysement total. Point de sentier. Carte et boussole obligatoires. Les névés perdurent tard en saison mais ne nécessitent pas l’usage de crampons. Les chamois, les bouquetins seront surpris de vous trouver en ces lieux, sans balisage. Peu farouches, ils s’écarteront toutefois, et vous regarderont passer.

Le sentier contourne la cascade de la Buffe, rejoint le torrent de la Lauze puis le cours de la Buffe. Il passe à proximité d’une ancienne mine. L’activité minière au XIX siècle était une activité hivernale d’appoint dans le monde agricole du Valgaudemar. L’enneigement arrêtait tous travaux des champs.

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La forêt depuis a repris ses droits. Le hameau de Navette, à la confluence de deux torrents, est un hameau abandonné , victime de crues dévastatrices en 1928/29, occasionnées notamment par le déboisement intensif mené au cours du XIX siècle, dû à la conquête de nouvelles terres pour répondre à la croissance démographique, à la coupe de bois de chauffage, à l’étayage des galeries de mines.
Demeurent les ruines, quelques murs couverts de lierres, des pièces traversées par des arbres, des caves, des auvents, des âtres, et la chapelle rénovée.

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Plusieurs plaques muséographiques racontent l’histoire de ce hameau et ce que fut la vie de ses résidents.

Avant de quitter la vallée de Navette le tour des Oules mérite la visite. Stationner ou avant ou après le hameau des Portes. Un sentier fléché conduit au pont et de là aux différents point de vue du canyon. L’origine de l’appellation Oule est romaine : "Olla" signifie marmite en latin.


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1928/29. En quelques mois, sous les énormes précipitations, les torrents débordèrent, inondant la plaine, les cultures, déversant des tonnes de gravières sur cette verte vallée.

Pour Navette, ce fut le commencement de la fin. Face aux demandes plus pressantes des Eaux et Forêts pour l’achat des leurs terres afin de reboiser et devant d’innombrables dégâts occasionnés par les crues, des familles découragées demandèrent en Janvier 1929 à l’Etat d’acquérir leurs biens.

Mme Léoncie Barban, résidente de Navette : "Ces crues ont marqué le signe du départ. On n’avait presque plus rien et les routes n’étaient plus entretenues. Toutes les gravières que l’on voit aujourd’hui, recouvrent les champs d’autrefois. Quant aux ponts, ils avaient été emportés. On voulait finalement nous faire partir.

"Quand la première famille a quitté Navette, les autres ont suivi rapidement. On ne pouvait plus sortir une bête sans prendre un procès. Les derniers habitants ont très mal vécu ces événements et ces crues dont certaines pouvaient menacer les maisons du village. Faute de terres, on devait mettre les animaux dans les alpages et les prés de montagne et nous descendions les fourrages de là-haut sur la tête !"

Comme d’autres familles, Léoncie Barban dut se résigner à partir en 1934 vers le Champsaur, en échange d’une minime indemnité donnée par l’administration pour ses terres. Des 17 familles habitants Navette en 1914, elles ne seront plus que 12 en 1929 puis aucune à la fin de 1937.

Source : www.alpes-guide.com

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