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Entremont, oppidum gaulois

dimanche 22 octobre 2017

Il n’est pas un point élevé dans nos régions qui n’est porté un oppidum gaulois, pourrait on dire en galéjant, tant les oppidums gaulois sont nombreux en Provence....

Mais jetés à terre par des romains victorieux, délaissés, la sécurité venue, pour les vallées, ils ont perdu leur valeur emblématique. Et pourtant...

Voir dates d’ouverture du site, horaires et plus : Asso archeo Entremont

Situé en bordure d’un plateau dominant la vallée de l’Arc de près de 200 m, le site d’Entremont se trouve au contact de deux entités géographiques bien distinctes :
- à l’Ouest, une zone de plaines et d’étangs salés séparés par de basses collines où se dressent les oppidums de Saint Blaise, de Roquepertuse, etc ;
- à l’Est, une zone de collines plus élevées, ou même de petites montagnes (1011 m d’altitude pour la montagne de Sainte-Victoire et 1147 m à la Sainte-Baume), entrecoupées de bassins et d’étroites vallées, où plusieurs oppidums sont érigés (Untinos, Mimet, Infernet, Baou Roux, le Pain de Munition, Epernon...).

Entremont s’insère également sur un des itinéraires reliant Marseille aux Alpes et à l’Italie par la vallée de la Durance, au-delà de laquelle on pouvait aussi gagner le haut pays provençal, en traversant ou contournant le Luberon.

Le terroir contrôlé directement par l’oppidum s’étendait donc sur les terres de la vallée de l’Arc (plaine de Luynes et des Milles) et sur le plateau de Puyricard. Il comportait ainsi les sources chaudes et abondantes qui jaillissaient à 3 km au sud, là où C. Sextius Calvinus fondera Aix-en-Provence dès 122 avant notre ère.

Au début du IIe siècle av JC, la Provence antique était habitait par une population celtoligure, un mélange de Celtes, les Gaulois, et de Ligures.
On connait mal les Ligures, pasteurs et agriculteurs, un peu pirates et souvent mercenaires.
Les Celtes étaient arrivés progressivement, depuis plusieurs siècles, du nord et de l’est. Ils constituaient le peuple des Salyens qui étendait son autorité entre la mer, le Rhône, la Durance et le fleuve du Var. Et vivait dans des villages perchés et fortifiés, les oppidums.

Sur le littoral, des Grecs avaient fondé en 600 une colonie, Massalia (Marseille), puis plusieurs comptoirs. Peu nombreux mais bons commerçants, ils constituaient le grand pôle économique de la région.

Au delà des Alpes, Rome, récemment victorieuse de sa rivale africaine Carthage, avait commencé son irrésistible conquête du bassin méditerarrénen, et détenait déjà toute l’Italie, une partie de l’Espagne, toutes les îles intermédiaires et le nord de l’actuelle Tunisie.
Naissance, vie et mort de l’oppidum d’Entremont.

Entremont n’est que le nom médiéval de la colline ; on ignore le nom antique de cette ville qui fut pourtant la capitale des Salyens. Elle fut créée vers 175 av. J.-C. On constate qu’elle est placée sur l’axe commercial qui reliait Massalia aux Alpes et que la colline était déjà le site d’un sanctuaire plus ancien (7e siècle ?) dont il subsiste seulement des blocs taillés ou sculptés réutilisés ici ou là.

Dans son premier état, la ville occupait seulement un hectare, au sommet de la colline : c’est ce qu’on appelle la "ville haute". Puis, vers 145, la ville fut agrandie vers le nord, la "ville basse" et atteignit 3,5 hectares.

En 125 av. J.-C., les Marseillais durent appeler à l’aide leurs très puissants alliés romains pour mettre fin à des agressions commises par les Celtoligures. Ce n’était pas la première fois, aussi Rome décida-t-elle de frapper un grand coup en "pacifiant" vigoureusement toute la Provence. C’est au cours de cette guerre qui dura jusqu’en 123 qu’Entremont fut pris, ainsi que les autres oppidums gaulois, comme La Courtine.
L’année suivante, le consul romain victorieux, Caius Sextius Calvinus, créa dans la
plaine, près d’une source thermale, un camp militaire permanent qu’il baptisa Aquae Sextiae ("les eaux de Sextius", devenu Aix-en-Provence), marquant ainsi le début de la conquête de la Gaule.
Entremont continua pourtant d’être habité pendant une trentaine d’années environ, puis fut abandonné et oublié.

Les fouilles d’Entremont

L’oppidum fut redécouvert en 1817, grâce à la trouvaille fortuite de blocs sculptés représentant des têtes et des cavaliers. Ils firent l’objet de quelques articles, mais on ne fit aucune fouille.
En 1943, pendant la guerre, l’armée allemande établit un camp sur le site et fit creuser une citerne (du coté sud ouest) : ces travaux exhumèrent par chance de nombreux fragments de sculpture. Aussi, dès 1946, l’archéologue Fernand BENOIT entrepris les premières fouilles systématiques.
Le site fut alors acheté par l’Etat, puis en 1980, classé "monument historique". Les recherches se poursuivent actuellement de façon discontinue. 1/5 de l’oppidum est dégagé.
Description de l’oppidum

La ville haute
Elle a la forme d’un losange. La porte principale, disparue, se trouvait à l’ouest ; au nord ouest a été dégagée la base du rempart et de quatre tours et on voit encore quelques blocs de la courtine nord est.
Le plan d’urbanisme est très régulier : un quadrillage de rues délimite des îlots presque rectangulaires, divisés en deux rangées de petites pièces indépendantes ouvrant sur la rue. Quelques modifications limitées ont été apportées ça et là à ce principe général.
Les rues sont étroites et la zone fouillée ne comporte aucune place ni aucune grande construction pouvant y être interprétée comme bâtiment public ou résidence royale. Il n’est pas impossible que beaucoup de ces salles aient servi d’entrepôts.

La ville basse
Elle couvre 2,5 ha mais une petite partie seulement est fouillée et visitable. Elle est protégée au nord par un rempart de 380 m de long et 3 m d’épaisseur renforcé de nombreux bastions. Cette muraille est traversée par de nombreux égouts pour l’eau pluviale. L’appareillage ne présente pas la même qualité de finition que l’oppidum de Saint Blaise.
On connait deux accès pour la ville basse : la porte principale sur le flanc sud ouest (très ruinée et non visitable) et une poterne à escalier sur le flanc sud est.
L’urbanisme est moins régulier que dans la ville haute, et les unités d’habitation de formes variées comportent souvent plusieurs pièces, parfois assez grandes, dont certaines étaient des ateliers.
De plus, devant le rempart de la ville haute ont été mis au jour une très large rue dont une partie a reçu un empierrement préalable très inhabituel dans l’habitat celto ligure et un bâtiment public "le portique aux crânes".
Le "portique aux crânes"

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Pierre sculptée du portique aux crânes

Construit entre deux tours du rempart de la ville haute, en utilisant des matériaux de l’ancien sanctuaire mentionné plus haut, ce bâtiment comportait au rez de chaussée une seule grande salle de 21 X 5 m.
L’étage disparu était supporté par des poteaux de bois : les uns s’appuyaient sur des poteaux de pierre visibles au centre de la pièce, d’autres, en façade, reposaient sur une rangée de stèles remployées couchées : l’une de ces stèles est ornée de 12 têtes gravées, une autre d’un serpent.

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Loge pour crâne (banquette du portique aux crânes)

Contre le mur du fond court une banquette faite aussi de stèles couchées, dont l’une montre une cavité destinée à recevoir une tête humaine coupée.
De plus, les fouilleurs ont découvert au pied de ce portique une vingtaine de crânes humains, certains encore traversés par le clou qui le fixait sur un poteau. Cet édifice était donc un lieu d’exposition de têtes coupées. Cette pratique est attestée par les historiens antiques : quand ils étaient victorieux au combat, les celtes coupaient la tête à leurs ennemis de haut rang et les exposaient chez eux comme trophée.
Les matériaux et les techniques

Les contructions sont, pour l’essentiel, en calcaire local. Les pierres étaient liées simplement avec de la boue et crépies de la même façon. Certaines cloisons étaient en terre tassée ou en briques crues. Les sols étaient en terre battue.

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Base d’escalier desservant un étage

Beaucoup de maisons avaient un étage, accessible par un escalier extérieur ou une échelle. Les toits en terrasse étaient faits d’une couche d’argile reposant sur un clayonnage. Les portes étaient en bois ; sur certains seuils en pierre (près des fours), on remarque le trou où tournait le pivot de la porte.
La vie des habitants

Les métiers et la vie quotidienne
Devant le rempart de la ville haute, les fouilles ont dégagé des vestiges de fours construits en tessons de jarres : les trois ouvertures alignées appartiennent peut être à un four de boulangerie en partie détruit.
Le plus grand four , en forme de fer à cheval, contenait du plomb quand il fut découvert.
Plusieurs pressoirs à huile d’olive ( ayant pu servir aussi pour le raisin) ont été retrouvés dans la ville basse : il en subsiste des dalles de pressage, creusées d’une rigole circulaire (les maies) où circule le jus, et de gros poids en pierre qui étaient suspendus au levier de presse. Ces leviers et les bâtis en bois où ils s’articulaient ont disparu. Leur socle pouvait ressembler aux loges trouvées à la villa gallo romaine de St Pierre de Vence (Alpilles).

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Loges pour levier de pressoir à huile

La découverte de débris de métaux précieux et de perles de verre dans la ville haute, révèle la présence d’un bijoutier.
Divers outils en fer ( hache, pince, faucille...) illustrent d’autres actrivités techniques.

Pour leur commerce les Salyens utilisaient presque uniquement la monnaie grecque de Massalia.
Dans les habitations, le foyer était constitué d’une simple plaque d’argile. Des débris ont été retrouvés. L’éclairage était fourni par des torches ou des lampes à huile. La vaisselle en céramique est très abondante : petits vases et amphores importés d’Italie, de Grèce ou d’Espagne, et surtout poterie locale, assez grossière, comportant toutes sortes de petits récipients et aussi de grosses jarres de stockage, les doliums.
Le tissage, activité familiale, est attesté par la découvert de fusaïoles, sortes de poids lestant le fuseau.
L’art

L’art d’Entremont a sans doute subi l’influence de son voisin grec, mais il demeure fondamentalement celtique. Cela apparaît dans l’orfèvrerie (louches rituelles, bijoux) et dans la sculpture sur pierre. Les têtes gravées sur les stèles sont très frustes ; les bas-reliefs, plus élaborés, demeurent encore gauches ; mais les statues, révèlent un génie original et vigoureux. Toutes celles qui ont été retrouvées sont hélas brisées, mais on voit qu’il s’agit en général d’hommes assis "en tailleur", en tenue militaire ou d’apparat, tenant des têtes coupées devant leurs jambes.

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Guerrier assis

Il y a aussi quelques statues de femmes et deux statues équestres très incomplètes.

Cet ensemble de sculptures, véritable trésor pour l’histoire de l’art, est exposé au musée Granet à Aix (place Saint Jean de Malte) avec les principaux objets découverts lors des fouilles ainsi qu’ à Marseille au musée d’Histoire de Marseille.


A proximité Roquepertuse

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Hermès bicéphale (Roquepertuse)

Roquepertuse est un site proche d’Aix en Provence, et de Velaux.
Occupé dès le Néolithique (2000 avant J-C) jusqu’au au IIe siècle avant J-C l’oppidum de Roquepertuse commence à se développer à partir du Ve siècle avant J-C, mais c’est 200 ans plus tard qu’il atteint sa superficie maximale. C’est alors un oppidum important qui réalise des échanges commerciaux avec les grandes cités de la région et de la Méditerranée. Plusieurs statues remarquables y ont été exhumées.

Roquepertuse subit différentes attaques et au cours du IIIe siècle avant J-C, l’une d’entre elles détruit une grande partie de la cité.
Seules quelques personnes reviennent alors y habiter. Mais, vers 200 – 190 avant J-C, elles sont victimes à leur tour d’une attaque, qui sera la dernière, le site sera définitivement abandonné.