Randonnée Var Provence Alpes

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Sous le Cap Canaille

lundi 28 décembre 2015

Une randonnée de printemps, ou d’été, ou d’automne, où il convient de partir tôt pour bénéficier de l’ombre du cap Canaille et jouir pleinement du jeu des couleurs progressivement allumées par la course du soleil, sur la falaise, les plantes, les rochers, les fonds marins.

Dénivelé : 50 m Durée : 3h00

Départ : Anse d’Arène
Localisation : Cassis
Deux parkings payants sont à disposition dans l’avenue Revestel. Le dernier, hors de prix !
Stationner route des Crêtes et redescendre l’avenue Revestel. Emprunter à main gauche la voie privée avec sens interdit conduisant au mini parking (gratuit) de l’Arène. Un escalier permet de gagner la plage.

Voir la carte IGN
L’extrait de carte ne suffit pas pour randonner : il est indispensable de disposer de la carte indiquée.

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La route des Crêtes, entre Cassis et Marseille, vous la connaissez, plusieurs films l’ont prise pour cadre. La vue de ce promontoire, dominant de 394m la baie de Cassis, embrasse les calanques, la Ste Baume, le Mont Come, les iles des Embiez, le cap Sicié.

A une époque, de cette falaise vive, la plus haute d’Europe, les voitures volées étaient jetées dans le vide. Aujourd’hui, sur la falaise, une moto est parfois abandonnée. Dans le casque, posé sur le réservoir, un numéro de téléphone, un mot : "Merci de prévenir ma femme".....

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C’est au pied de cette falaise que la randonnée écrite ci après nous entraine. Appel du vide ? non, appel à la couleur, un télescopage de verts et d’ocres sur fonds marins !

Rejoindre l’anse de l’Arène : un chemin "privé", marqué d’un sens interdit conduit à un escalier public. Longer l’anse, le sentier suit le bord de mer, tantôt au niveau de la plage elle même, tantôt au bord du talus qui la domine.

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Les grès de la falaise du Château ont fait place à des marnes et à des sables, puis à des marnes aux couleurs bleutées dans l’anse de l’Arène. La couche géologique du Cénomanien de Cassis est très fossilifère. Elle offre aux géologues une coupe naturelle de référence pour étudier cette période.

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Le Cap Canaille est un empilement de strates colorées. Il date du Turonien, voilà 91 millions d’années. A sa base des marnes bleues, friables. Elles datent de l’Aptien, voilà 113 millions d’années. A cette époque, la région de Cassis était recouverte d’une mer profonde raccordée à l’Atlantique naissant. Elle venait lécher les rivages provençaux. Ammonites et foraminifères y proliféraient.

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Au pied de Cap canaille, le talus est encombré de blocs cyclopéens tombés de la falaise. Il y a là des grès composés de milliards de grains de quartz, des rudistes au blanc éclatant, des calcaires alvéolés, des calcaires coquilliers. Et des blocs de gré ocre dressés fièrement dans la mer.

Le parcours traverse une succession de zones marneuses et calcaires. L’eau qui s’infiltre dans ce promontoire karstique, creuse des galeries, des grottes et resurgit à la jonction des couches marneuses, imperméables, modifiant la végétation. Aux bosquets denses de myrte, salsepareille, chèvrefeuille, ajonc, cane de Provence, lentisque, genévrier de Phénicie succèdent ainsi des zones plus sèches peuplées en chêne kermès, filaire, romarin...

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Un peuplement de jeunes pins couvre le talus, régénéré à partir du peuplement très clairsemé des quelques grands pins, à l’ombre salutaire, qui ont survécu au feu.

Fin septembre, les chèvrefeuilles portent leur fruits rouge orangé, les salsepareilles des baies gonflées d’un rouge vif, le myrte des fruits déjà bleus, les lentisques des grappes rouges et or.

Le site est visité, du moins le premier kilomètre. Car après la plage de galets et l’affleurement de marnes de l’anse de l’Arène, où bateaux et baigneurs se pressent, le sentier conduit aux premiers amas rocheux dévolus aux naturistes.

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Là le bord de mer est aménagé : ici, un bambou capte l’eau d’une source ; là, murets, tables, sentiers ont été construits. L’appareillage des murets est soigné. Ils offrent une protection parfaite au vent et même parfois au soleil, là où des bois flottés sont disposés en charpente.

Quitter l’estran et la plage naturiste pour gravir les premiers contreforts du talus. Le sentier monte et descend à travers les pieds de myrtes. Parfois il faut rejoindre la grève. La progression de blocs à blocs est alors pénible. Parfois l’érosion a creusé l’affleurement de marne, le sentier au ras des flots est alors confortable.

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L’ombre de la falaise s’efface. Les constructions des nudistes se raréfient. Quelques pins, quelques rochers apportent alors une ombre attendue. Quelques abris sous roche sont aménagés. Deux ou trois carcasses de voitures, rouillées par les embruns, finissent de se dissoudre.

La falaise nous coiffe. Deux escaladeurs progressent sous la crête dans le calcaire blanc. Le soleil les a rattrapés dans leur ascension. Les casques brillent. En face Cassis, la Presqu’île, le haut de la carrière de Port Miou, la pointe Cacau, les trémies, l’ouvert d’Envau, la Candelle et le Candelon, tous parfaitement identifiables.

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Au bord de mer nudiste succède les rochers homophiles. Le chaos rocheux devient moins aménagé, la progression plus difficile : il n’y a plus de sentier aménagé. La falaise devient plus présente, plus oppressante, le talus diminue, la falaise se rapproche, et bientôt plonge dans les eaux. Terminus.

Le retour s’effectue par le même trajet ou .... par le sentier qui, passant au dessus des ravinements côtiers, conduit aux ruines du Jas de la Penna et au Revestel.

Ce sentier mord graduellement sur les courbes de niveau. Il offre une vision plus colorée, mieux cadrée sur la baie de Cassis, les calanques et, surtout, il permet au caléidoscope des fonds marins d’afficher toutes ses palettes, un somptueux mariage de bleus et de verts où vient jouer l’ombre des voiliers au mouillage...

Au Jas l’ancien blockhaus a fait l’objet d’une tentative (sauvage ?) de construction : il reste un entrelacs de murs et de terrasses ouvrant sur la mer et Cassis en un point de vue magnifique et ...préservé.


La couche géologique qui forme le Cap Canaille est celle du Turonien (91 millions d’années). Les géologues en ont reconstitué l’histoire. A cette époque, une mer peu profonde recouvrait la région de Cassis. Au sud se trouvait un continent, le continent Corso-Sarde aujourd’hui abîmé en mer. De ce continent descendaient des fleuves qui déposaient, jusqu’à la mer turonienne, des sables dont la consolidation allait donner les grès de Canaille. Et des organismes, des rudistes, différents de ceux de l’Urgonien, s’accommodaient tant bien que mal de ces sédiments sableux. C’est de l’accumulation de ces rudistes que sont nées les "barres" calcaires du Mont de la Saoupe et de la Couronne de Charlemagne.

Dans ce paysage karstique certaines grottes furent occupées par le passé (néolithique et paléolithique). Elles présentent un intérêt certain pour l’archéologie comme la grotte de la Baume noire où des os de mouflon ont été découverts.

Source : Jean Philip - Musée de paléontologie de Provence