Rando Var

Randonnées Var Provence Alpes

Accueil > Patrimoine > Les restanques

Les restanques

dimanche 22 octobre 2017

Elles sont là, les restanques, ces vestiges de pierre sèche, de savoir faire, d’intelligence ; elles sont perdues dans les broussailles de l’oubli et de l’indifférence ...
Et pourtant...

C’est par nécessité, sous la pression démographique, que les paysans se mirent à aménager au cours des XVIII et XIX siècles les coteaux jusqu’alors peu exploités. Cet agencement va demander des efforts considérables pour préparer et retenir un peu de bonne terre sur des flancs pentus. Issus d’épierrements successifs des milliers de kilomètres de murets transforment en terrasses ces terrains délaissés. Céréales, légumineuses, vignes, olivettes y sont alors cultivés.

Le terme "restanque" désigne dans le midi à la fois ces murets de soutènement en pierre sèche et la bande de culture en amont. Faïsse, bancau, planche, terrasse sont des termes équivalents.
Leur géométrie varie en fonction de la pente du versant : plus la déclivité naturelle est forte, plus les terrasses sont étroites et les murs de soutènement hauts.
Cette conquête des pentes s’observe sur tout le pourtour méditerranéen.

La restanque tient par le seul agencement des pierres et non grâce à un mortier. Cela offre plusieurs avantages :

- la pierre sèche laisse s’écouler l’eau et permet un bon drainage.

- les murets absorbent les mouvements de terrain : chaque pierre peut bouger légèrement sans entraîner une chute brusque du mur.

- les cavités des murs abritent une faune et une flore riches et spécifiques. Elles constituent, au sein des zones cultivées, un biotope diversifié. La restanque joue, comme la haie, un rôle de maintien de la biodiversité.

- la pierre emmagasine la chaleur solaire et contribue à créer un micro-climat favorable à la végétation en place.

- les réparations sont ponctuelles et généralement à la portée de deux personnes.

- Un mur de pierre sèche, correctement constitué et entretenu, est bâti pour cent ans.

Lors des forts orages, l’empilement "en escalier" des restanques, ralentit la vitesse des ruissellements, réduit la force érosive des eaux. Les sols ne sont pas emportés vers l’aval, en particulier les sols mis à nu par les travaux de culture. La pénétration des eaux dans le sol est facilitée, le muret est un drain perpendiculaire à la pente, il favorise l’enfouissement des eaux, l’irrigation des cultures et la recharge des nappes phréatiques.
Ce savoir technique est le produit de décennies d’observation et de pratique : avec la restanque il n’y a plus "à aller chercher la terre arable que l’eau avait emportée et la remonter à l’aide de la "besse", vaste panier fait d’éclisses de châtaignier ou tressé d’osier, porté sur le cou en y intercalant un coussin, le "coulassou"...

La pierre sèche est un matériau écologique : durable, renouvelable et de proximité.

Les restanques se repèrent très facilement sur les photographies aériennes. Une restanque en bon état présente :

- un mur de soutènement bien entretenu (pierres nettes, sans végétaux) ;

- une terrasse non embroussaillée ;

- des plantations et des cultures entretenues.

Les principales causes de dégradation sont :

- le passage : les agriculteurs utilisaient des itinéraires précis, contournant les murs ou empruntant des passages aménagés à dessein (rampes frontales, latérales, escaliers adossés ou en saillie). La circulation des animaux, chèvres jadis, sangliers aujourd’hui, des piétons et la circulation motorisée ne font qu’accentuer les brèches et accélérer la dégradation des restanques.

- le gonflement d’une restanque traduit parfois l’accumulation d’eau derrière les pierres, due au colmatage des vides existant entre les blocs par de la terre fine. Le mur, poussé vers l’extérieur, présente une bosse qui va s’accentuer et conduire à la chute d’une section de l’ouvrage.

- la croissance des arbres à proximité des murs peut aussi être dommageable. Plantés trop près ils déchaussent les pierres. Leur chute entraîne l’arrachement de pans de muret. Les végétaux poussant entre les pierres présentent quant à eux peu de risque mais parcequ’ils disposent de bonnes conditions de croissance ils sont le signe d’une altération du matériau drainant.

Dans l’environnement socio-économique actuel, les restanques, sont souvent dépossédées de leur vocation première.
Envahies par une végétation spontanée, non entretenues, défoncées par la croissance d’une garrigue exubérante ou dénaturées par une mauvaise intégration des constructions récentes, elles sont souvent ignorées par un urbanisme de lotissements et de plans d’occupation des sols qui ont perdu de vue leur bénéfice.

Les inondations varoises prouvent que ce savoir faire se perd. Le Luc, Le Cannet, Brignoles, La Garde, Cogolin, Le Lavandou, Bormes, La Seyne… traduisent la méconnaissance du rôle des milliers de kilomètres de restanques dans la circulation de l’eau.
Au Grand Caunet, par exemple, les murets des restanques sont souvent légèrement plus hauts que la terrasse qu’elles soutiennent. Volontairement. Pour casser le ruissellement. Nos "vieux" savaient observer et n’étaient pas dénués d’intelligence.

La consultation, là encore, des photos aériennes des chaînes côtières montre la disparition des restanques, la multiplication des voies d’accès, des murets faits d’agglos, étanches et disposés sans souci de la pente, un réseau fluvial qui chasse l’eau et non qui favorise sa pénétration dans les sols, et cela notamment sur les versants face à la mer... Comparez les photos aériennes de deux versants d’un même chainon, l’un tourné vers l’arrière pays, l’autre face à la mer et observez le chevelu des voies d’accès, des parcelles loties...La photo suffit à la compréhension.
Et le drame est que la pluviométrie est plus importante sur le versant face à la mer qui reçoit les entrées maritimes et où les nuages crèvent.

Toutefois, il est des lieux comme la vallée de la Siagne, où la fonction agricole perdure ( jardins, cultures commerciales, oliveraies) et où la richesse paysagère est restée intacte.

Bref, faut il alors s’étonner des conséquences des orages quand les nuages butant sur les collines de l’arrière pays déversent en un même lieu toutes leurs eaux ?!

Plusieurs associations défendent et valorisent ce patrimoine résultant de l’épierrage des terrains et de la mise en valeur des matériaux accumulés. Dans le paysage tous les stades de ce travail sont visibles : parcelles non épierrées, parcelles dégrossies, pierres rassemblées en tas, pierres rassemblées en lignes, pierres empilées en murets pour gagner de l’espace, puis en bories.
Ce travail, fruit de générations de paysans ou éleveurs, s’interrompt parfois au milieu d’une pente. Maladies, épidémies, conflits... ? L’explication de cet abandon réside principalement dans l’une de ces trois causes. Il signe la fin de l’explosion démographique.

Plusieurs associations défendent ce patrimoine. En voici quelques unes ...

www. apare-gec.org
www.laroutedelapierreseche.org
www.lepassemuraille.org
www.surlesentierdeslauzes.fr
www.alpes-de-lumiere.org
www.cevennes-parcnational.fr
et la Communauté des communes de Grasse.

Un message, un commentaire ?