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Comment l’histoire structure les paysages

dimanche 22 octobre 2017

C’était une de nos interrogations lors de la création de Rando Var, comprendre les paysages.
Savoir pourquoi et comment ils avaient évolué ainsi, quels avaient été les facteurs déterminants, et vers quoi, avec un brin d’anticipation et d’analyse, ils pouvaient glisser...

Comment l’histoire structure les paysages

dimanche 13 septembre 2015

Pour cela il faut se référer :
- aux sciences de la terre, domaine des géographes physiciens ;
- à l’écosystème, domaine des sciences naturelles ;
- et enfin à l’archéologie, notamment dans sa dualité : naissance de l’agrosystème et régression de l’écosystème.

C’était une de nos interrogations lors de la création de Rando Var, comprendre les paysages.
Savoir pourquoi et comment ils avaient évolué ainsi, quels avaient été les facteurs déterminants, et vers quoi, avec un brin d’anticipation et d’analyse, ils pouvaient glisser...

Pour cela il faut se référer :
- aux sciences de la terre, domaine des géographes physiciens ;
- à l’écosystème, domaine des sciences naturelles ;
- et enfin à l’archéologie, notamment dans sa dualité : naissance de l’agrosystème et régression de l’écosystème.

Certains secteurs sont plus particulièrement propices pour saisir les évolutions morphologiques récentes. Ce sont les rivages et les zones de montagnes.

Mais qu’est ce qu’un paysage ?

La notion de paysage a évolué au cours du temps. Le paysage aujourd’hui n’est plus l’arrière plan d’un tableau de la Renaissance. Son approche est géographique d’une part mais aussi datée : elle est la vision et l’analyse d’un "pays" à un moment donné.

Un paysage est une image à dimension humaine, d’ailleurs sa racine "pays" porte l’empreinte du terrain, la marque d’ une époque où les déplacements étaient longs et difficiles. D’ailleurs était appelé "pays" tout habitant de la même vallée....

A la fin du XIX son image se précise, il est le résultat des actions des hommes s’adaptant à leur environnement naturel au cours de l’histoire. Vaste ouvrage où le géographe peut distinguer les éléments naturels des éléments culturels, et leur intime mélange au cours du temps dans bien des régions.

Glanum, l’arc de triomphe

Dans les années 1980 le paysage devient un objet hybride qui fait appel aux sciences naturelles et aux sciences sociales (introduction de la territorialisation de l’espace, de sa perception, des enjeux politiques). Une telle conception a permis de rendre compte de l’évolution d’un paysage, dépendant à la fois des processus naturels et des aménagements humains, des perceptions et des idéologies.
« C’est, sur une certaine portion de l’espace, le résultat de la combinaison dynamique, donc instable, d’éléments physiques, biologiques et anthropiques qui, en réagissant les uns sur les autres, font du paysage un ensemble unique et indissociable en perpétuelle évolution. » Georges Bertrand.

La Convention européenne du paysage, signée sous les auspices du Conseil de l’Europe en 2000, définit aujourd’hui le paysage comme « une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations ».

Elle nous suffira.

Les paysages anciens

L’étude des paysages anciens est donc une étude délicate et controversée. Un territoire ne se réduit pas à schéma. Les tentatives de synthèse d’histoire rurale ou d’histoire du paysage de telle ou telle région, à partir des sources écrites et non écrites, ont généralement été des travaux rapprochant de manière superficielle des données archéologiques, morphologiques et textuelles pour fabriquer un discours historique, ou bien des ouvrages de paléogéographie lacunaires.
Sans parler des études de circonstances pour un nouvel aménagement territorial...

Presqu’île de Giens - Carte Cassini Cassini : carte de Giens

Car, le paysage est aussi un fonctionnement, une interaction dynamique permanente entre des éléments physiques et des éléments sociaux, et l’étude de la morphologie des paysages du passé doit donc être une géographie des espaces des sociétés du passé rendant compte de leurs dynamiques de transformation.

Étudier un paysage en prenant en compte l’ interaction dynamique, est enfin particulièrement difficile :

- l’histoire a réduit l’espace à un stéréotype, à une idée d’espace ;
- la géographie se partage entre géographie physique et géographie humaine ;
- enfin, l’archéologie actuelle est profondément marquée par les sciences du paléoenvironnement, permettant l’accès aux composantes végétales et animales du paysage ancien, et par la géoarchéologie, traitant du sédiment, de son évolution et de sa relation avec les sociétés.

Source : www.archeologiepetitecamargue.culture.fr
Modification du trait de côte en Camargue ( Source : www.archeologiepetitecamargue.culture.fr)

L’ étude de paysage est donc au carrefour de plusieurs disciplines. Pour connaître et comprendre un paysage il faut donc :

- exploiter des textes, des atlas, des inscriptions, cartes, itinéraires, toponymie, etc. ;
- prospecter (approche spatiale et matérielle), afin d’exploiter des sources archéologiques pour connaître l’histoire et les impacts des structures (agraires ou autres) et pour permettre une écologie rétrospective, l’étude des paysages anciens et de leur morphologie.

Toutes questions qui ont été largement traitées par Gérard Chouquer (directeur de la rédaction des Études rurales), François Favory ou encore Philippe Leveau.

Inutile de préciser que la partie préférée de Rando Var est la prospection sur le terrain...

Le devenir d’un paysage

Nous avons ainsi vu que la forêt de mégalithes qui quadrillaient le Var au néolithique ne constitue plus la balise référence d’aujourd’hui. Nous savons que la pléthore de sites gaulois, nombreux dans notre région, qui s’égrenaient sur la côte, les fleuves, toutes les voies de communication et d’échanges commerciaux, se réduit aujourd’hui au souvenir de Vercingétorix et du plateau de Vergovie pour ces raisons idéologiques qui façonnent les paysages ; que l’empreinte des romains sur notre territoire, plus majestueuse et imposante, a seule été conservée, pour les mêmes raisons politiques qui l’ ont sublimée à la Renaissance.

Nous voyons que le réchauffement induit d’ors et déjà des changements importants dans les politiques de reboisement conduites par l’ONF ; que le surpompage des nappes phréatiques assèche de plus en plus fréquemment les ressources en eau de nouvelles communes et cela de plus en plus tôt en saison ; que l’usage irraisonné de pesticides conduit à la raréfaction des insectes comme des oiseaux nicheurs ; nous voyons que l’immense quantité d’eau utilisée par l’ agriculture rentre en concurrence avec les besoins de l’industrie , or les biens manufacturés rapportant 15 à 20 fois plus que la tonne de céréale, il est plus avantageux d’utiliser la ressource en eau pour l’industrie et d’acheter les céréales sur le marché international.... avec toutes les conséquences que l’on devine sur le cours de ces denrées au niveau international.

Bref, nous comprenons que l’anticipation des paysages dépend plus de l’action des hommes, le facteur anthropique, que de la dérive des continents, ou d’une brusque rupture de l’écorce terrestre le long de la faille qui de Nice à Aix coupe la Provence en deux, les massifs anciens au sud et la Provence calcaire au nord, faille qui fut à l’origine du séisme de Lambesc le 11 juin 1909.

L’introduction par Georges Bertrand de la dimension anthropique (décisions politiques d’aménagement territorial par exemple, répartition des ressources en eau, gestion des politiques agricoles, impact du réchauffement, etc...), dans la gestion du paysage, était donc indispensable.

Inondations à La Seyne sur Mer

Ainsi, à titre d’illustration anticipée, pour faire très bref et ne pas ouvrir de polémiques, nous pouvons raisonnablement estimer qu’en Provence les vallées et les zones alluviales connaîtront des changements importants avec pour signe tangible une réorientation des plans d’occupation des sols. Et cela du seul fait de l’élévation du niveau de la Méditerranée - sans donc prise en compte d’une poursuite de la politique d’urbanisation et d’imperméabilisation des sols - qui, en réduisant la pente des fleuves et affluents, accentuera l’ensablement du lit de ces fleuves, favorisant les inondations.

L’urbanisation, l’imperméabilisation des sols, l’élévation du niveau de la mer ont tous pour origine un facteur anthropique. L’homme, à travers l’Histoire, est le premier façonnier de nos paysages.


Allant plus loin encore, certains mettent l’accent sur la subjectivité et l’évolution des perceptions à travers nos modes de vie (voiture, avion, train) .
D’autres ne la cantonnent pas qu’au visuel mais à tous les sens et parlent de « paysage sonore ».

Notons cependant dès à présent que la culture joue un rôle important dans la perception d’un paysage. Un chinois, un indien, un Suisse, un américain ne le verront pas de la même façon. Le Vieux Monde ne réagit pas comme le Nouveau Monde face aux Grands Espaces. Cette différence affecte la perception que chacun a ou aura des paysages anciens.